Nicole Mossoux - Patrick Bonté / Whispers / Spectral

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Photos Mikha Wajnrych
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Nicole Mossoux :

Spectral

 

L'indicible par la parole est souvent parfaitement exprimé par la danse ou le mime, tout particulièrement sensations et sentiments. Or, de tous temps, les fantômes ont effrayé les hommes. Le drap blanc dont on les affuble vient en effet du linceul dont on recouvrait les morts à l’époque médiévale. En fait, il ne s’agit que d’une vision interprétée comme étant la manifestation d’une personne morte sous la forme d’une image floue, lumineuse, inconsistante, qui pourrait flotter au dessus du sol et qui se manifesterait par des bruits et des déplacements inexplicables d’objets. Souvent transparents et nuageux comme des ombres. les spectres se résolvent en fumée, en passant à travers les murs et les portes closes. Leur venue se révèle presque toujours par la sensation d’une présence coïncidant avec un souffle glacé, des bruits insolites, frôlements, murmures, chuchotements, grincements émanant de nulle part…

C’est très précisément ces bruits énigmatiques que semble écouter cette femme aux aguets, seule sur scène tapie, dans l’ombre et qu’elle nous invite à découvrir, localiser, déchiffrer, partager avec elle. Car, indubitablement, l’atmosphère est lourde, chargée d’un certain parfum de mystère dont nous ne tardons pas à ressentir les effluves. L’espace semble en effet habité par des présences furtives, des sons étouffés comme ceux des âmes perdues errant sans cesse, des silhouettes fantomatiques que nous percevons sans les voir, ombres furtives qui apparaissent d'on ne sait où et s’évanouissent aussi vite qu’elles se sont dessinées… Indubitablement, des forces étranges traversent cet être énigmatique pour s’emparer de sa chevelure, la hérisser, semblant vouloir entrer en elle tout en rôdant autour de nous. Sont-ce les mânes de ses ancêtres qui viennent perturber notre présent dans la valse de leurs souvenirs ?

L'intérêt de ce spectacle, à mi-chemin entre les arts de la marionnette et de la danse, réside dans cette atmosphère angoissante si particulière due aux sons et objets sonores de Mikha Wajnrych et à l'étonnante composition électroacoustique de Thomas Turine, vibrations qui deviennent en fait des personnages invisibles et troublants, alors que le corps de Nicole Mossoux leur sert de caisse de résonance. Une œuvre fascinante, en droite ligne de ce que la chorégraphe nous avait concocté durant ces 20 dernières années et qui évoque parfaitement cette fameuse réplique de la marquise Marie du Deffand ; "Est-ce que je crois aux fantômes ? Non, mais j'en ai peur"*...

J.M. Gourreau

Whispers / Nicole Mossoux & Patrick Bonté, Maison des métallos, Paris, du 5 au 7 mai 2015, dans le cadre de la 8è biennale internationale des arts de la marionnette. 

*Dictionnaire des mythes du fantastique, par Juliette Vion-Dury et Pierre Brunel, Presses Universitaires de Limoges, 2003, 313 pp.

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