Ohad Naharin / Last Work / La solitude du coureur de fond

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Photos Gadi Dagon

 

 

Ohad Naharin :

La solitude du coureur de fond

 

C’est à bureau fermés depuis presque un an que la Batsheva Dance Company se produit à nouveau sur la scène de Chaillot durant une huitaine de jours : après nous avoir présenté ces dernières années Sadeh 21, Decadence Paris et Naharin’s virus (voir l’analyse de ces pièces dans ces mêmes colonnes), Ohad Naharin nous convie cette fois à admirer Last Work, une œuvre typique de son style basé sur sa technique d’enseignement dite « Gaga ». En fait un langage unique et captivant qui établit une connexion entre plaisir et effort, dans lequel chaque mouvement a son originalité, chaque danseur ses propres mouvements. Les postures désarticulées de ses interprètes prennent vite des allures animales, du fait de leur agilité, de leur souplesse et de leur rapidité. La recherche de l’efficience du mouvement est permanente mais elle va de pair avec l’écoute du corps, la recherche d’émotions et la prise de conscience de l’espace, tout en accordant une grande importance à l’interprétation. "Il faut « se rendre », s’en remettre à l’univers et être connecté à lui, ne plus être au centre", affirme le chorégraphe. "Ce qui compte, dit-il encore, c’est la clarté de la forme interprétée par les corps, laquelle permet de créer des « Waouh moments »".

Last work 07 gadi dagonCréé en juin 2015, Last Work s’apparente donc à un jeu élaboré sur et avec les danseurs qu’il a invités à travailler sur trois images, des bébés, des ballerines et des bourreaux. Bien malin qui retrouverait ces allégories dans l’œuvre, encore que, dans certains passages, on puisse deviner des danseurs affublés de langes. Et peut-être aussi l’évocation des bourreaux, par les robes noires, ainsi que, à la fin de la pièce, par l’enlacement - le saucissonnage devrais-je dire - de tous les interprètes par un ruban de papier adhésif. D'autres thématiques sont toutefois plus explicites comme celles de ce danseur qui agite un drapeau blanc ou cet autre, une mitraillette... Voire celle de ce coureur de fond, qui effectue une course solitaire sur place en fond de scène, toujours sur le même rythme durant la totalité du spectacle, établissant une relation du temps à l'espace... L’univers et l’atmosphère créés peuvent paraître parfois énigmatiques mais ils résultent de l’écoute de chaque danseur et reflètent leur âme lors de l'élaboration de la performance. La subtilité et l'élégance dans laquelle soli, duos trios et ensembles s'agencent leur confèrent une poésie ineffable. Mais en dehors de cela, il ne faut pas chercher d’autre motivation et se laisser aller à admirer la beauté et la remarquable précision des figures que ce chorégraphe israélien nous propose, leur sophistication, leur harmonie et la virtuosité parfaitement maîtrisée avec laquelle elles sont exécutées. Chaque geste, qu'il soit contemplatif ou empreint de furieux élans d'énergie, est chargé de fortes et puissantes émotions. Un langage percutant au service d'une œuvre qui, finalement, reflète parfaitement certains aspects pas toujours glorieux de l'âme humaine.

J.M. Gourreau

Last Work / Ohad Naharin, Théâtre National de la danse Chaillot, du 8 au 16 juin 2017.

 

Ohad Naharin / Last Work / Théâtre de Chaillot : Juin 2017

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