Olé Khamchanla / Akalika 7 / Apocalypse now

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Photos Jessica Farinet

Olé Khamchanla :

Apocalypse now

 

UnnamedUn lé de lumière blanche traverse, dans toute sa longueur, la scène plongée dans le noir. Etendue au sol à plat ventre, une femme, le visage contre terre. Alors qu’un grondement sourd ponctué de martèlements de plus en plus prégnants se fait entendre, ce corps s’anime et recule, ses longs cheveux laissant sur le lé une trace noir-jais évoquant celle d’un peintre brossant un emaki*. Serait-ce l’âme de Gilbert Cam réalisant sous nos yeux l’un de ses lavis géants sur papier qui ont inspiré pour cette pièce le chorégraphe laotien Olé Khamchanla ? Etait-ce seulement une illusion, la trace disparaissant dans les ténèbres avec son auteur l’instant d’après pour ne laisser en lieu et place qu’une silhouette torturée sur un emaki descendant des cintres ?

Ces calligraphies humaines brûlées, mutilées, démembrées qui me rappellent Ko Murobushi dans Le dernier eden, vont quitter la toile et hanter la scène durant tout le spectacle. Visions dantesques que celle de ces êtres décharnés en errance, ployés, tordus, convulsés, les plus vaillants trainant ou portant sur leurs épaules leurs congénères morts ou en train de mourir… Un univers de cour des miracles sur les murs de laquelle seraient projetées les ombres en devenir de leur corps supplicié, volutes d’encre qui se forment et se déforment, chutent avant de s’évanouir dans le néant. Une fort belle œuvre, très inspirée par le hip-hop, supportée par le poignant bruitage de Léo Jourdain, dont le final aurait cependant gagné à être légèrement raccourci.

Olé Khamchanla n’est pas un inconnu du public français. En effet, en 2012, le CDC des Hivernales à Avignon commande à ce jeune chorégraphe laotien le trio franco-singapourien Focus, une pièce où se mêlent les univers du théâtre, du chant et de la danse. En 2011, il fait la rencontre à Vientiane du peintre franco-laotien Gilbert Cam, alias "Lang". Ses toiles, dont la série à l’encre de Chine Akalika 4 inspirée par la douleur d’êtres torturés, le marquent profondément. Cet univers sombre et inquiétant permettra au chorégraphe d’évoquer par la danse les côtés obscurs de notre personnalité, nos peurs et nos perversions, « tout en engageant les corps dans une lutte physique et mentale contre les démons sans les renier ».

J.M. Gourreau

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.Akalika 7
/ Olé Khamchanla, Le Tarmac, Paris, du 8 au 11 avril 2015. Spectacle présenté dans le cadre du Festival de Singapour en France.

*Un emaki, littéralement « rouleau peint », est un système japonais de narration illustrée dont les origines remontent au VIIIè siècle.  Au début, ces rouleaux copiaient leurs pendants chinois et coréens bien plus anciens, nommés gakan. L'emaki combine calligraphies et illustrations et est peint, dessiné ou estampé sur de longs rouleaux de papier ou de soie mesurant parfois plusieurs mètres, lesquels étaient déroulés petit à petit pour leur lecture. Proches du livre, ces œuvres sont avant tout un art du quotidien centrées sur l'humain et les sensations véhiculées par l'artiste.

Olé Khamchanla / Akalika 7 / Le Tarmac / Avril 2015

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