P.O.M.P.E.I. 2è fouille, Théâtre de la Bastille, Déc. 2008.

Caterina Sagna :

 


 

Un réalisme morbide

 

 

 

L’homme et la femme sont-ils superposables, complémentaires, opposés ? Que sont-ils en fait l’un pour l’autre ? Une tentative de réponse nous est donnée par Caterina Sagna au travers d’un étrange spectacle, P.O.M.P.E.I., 2è fouille, une œuvre un tantinet surréaliste, dans un univers immaculé, blanc comme neige, au sein duquel l’ordre et la pureté qui règnent semblent tirés par des ficelles divines. L’œuvre débute par une danse folle, virile, effrénée, exécutée par trois hommes, trois sosies qui surgissent des entrailles d’un parachute affalé au sol. Une danse qui ne se terminera que par l’épuisement des protagonistes, révélant ainsi leurs faiblesses. Alors qu’ils se retirent en rampant comme des larves, apparaissent sur l’écran de toile au fond du plateau les images juxtaposées de  trois femmes, corps inorganiques bidimensionnels en noir et blanc, d’une sérénité étonnante. L’opposition est flagrante : si les hommes s’avèrent des sosies totalement interchangeables, les trois femmes au contraire, d’âges, de conditions et de statures différents, prêtresses de l’Olympe, imposent peu à peu leur loi par le verbe. Comme si leur force était issue de leur sagesse et de la puissance de leur propos. Comme si, gardiennes de la destinée humaine, elles seules étaient capables de lucidité, de l’aptitude à remettre l’égaré dans le droit chemin. Intouchables du haut de leur piédestal, remarquablement présentes, elles fascinent mais sont déstabilisantes, énigmatiques. L’univers qu’elles imposent est froid. Les êtres qui le hantent s’avèrent apparemment dépourvus de sentiment pour l’autre sexe. Aucune rencontre n’est possible, aucune relation amoureuse ne sourd. Les hommes sont nés avec des œillères et, lorsqu’ils s’en aperçoivent et les enlèvent, ils sont désorientés, perdus. Une scène qui, d’ailleurs, fait frissonner par son réalisme morbide. Leur destinée est aussi inéluctable que l’avancée des coulées de lave blanche qui envahissent petit à petit le plateau. Ils ne trouveront finalement leur salut qu’en fusionnant leurs corps, une image d’ailleurs fort belle qui clôt ce spectacle hors des sentiers battus qui, bien que donnant à réfléchir, doit être goûté en laissant aller à vau l’eau son subconscient, bercé par les accents envoûtants des trois stabat mater et des œuvres de Purcell, Crespo et Mainerio judicieusement choisies.

 

                                                                                                                                                                  J.M.Gourreau

 

P.O.M.P.E.I. 2è fouille / C. Sagna, Théâtre de la Bastille, Paris, Déc. 2008.

 

 

 

 

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