Pabiot Sylvie / Objecte / Bagnolet

Photo P.Brye

 

 

 

 

Photos J.M. Gourreau

Sylvie Pabiot :

 

Voyage à travers le corps

 

 

Des corps sculpturaux fragmentés et ciselés par la lumière. Des sculptures animées caressées et baignées par des sons planants venus de nulle part.  Des matières qui prennent vie sous l’impulsion des regards subjugués. Avec Objecte, Sylvie Pabiot convie son public à visiter une « exposition d’objets corporels » mieux que ne pourrait le faire le conservateur d’un musée de sculptures antiques.

Les spectateurs sont invités à se rendre un par un sur le plateau au centre duquel a été délimité un cercle lumineux destiné à les contenir. Une fois la salle plongée dans l’obscurité, leurs regards sont attirés par une forme étrange, ovoïde, auréolée de lumière : enveloppée de bulle, elle s’anime petit à petit de mouvements impulsifs évoquant ceux du papillon émergeant de sa chrysalide. Et, effectivement, il en sort un être aussi frêle que fragile qui disparaît presque aussitôt des regards, tandis qu’à l’opposé apparaît, dans un cercle de lumière, un dos anguleux et musclé que l’on dirait tout droit sorti du burin d’un Michel-Ange ou d’un Rodin. Mais la lumière, fugitive, ne s’y attarde guère et transporte le regard dans un autre angle de la salle où se tient une stèle : s'y trouve, recroquevillé comme un œuf, le buste d’une femme de dos, le cou sur le socle et les fesses en l’air, dans une posture que n’aurait pas renié un yogi…

La brièveté de la durée de l’éclairement ne laissera guère au spectateur le loisir de détailler la superbe musculature de ce corps divin ; Sylvie Pabiot le conduira sans attendre ailleurs, l’amenant à se pencher sur une autre partie anatomique d’un nouveau représentant de l’espèce humaine. Et ainsi de suite jusqu’à la fin du parcours, guidant le voyageur selon ses choix, ne lui laissant aucune possibilité de s’appesantir sur un détail, aucune possibilité de s’adonner à la rêverie.

L’intérêt de cette œuvre réside cependant dans le fait d’exposer des fragments de corps enveloppés, sculptés ou disséqués par la lumière, non comme dans une leçon d’anatomie mais pour leur beauté plastique et, surtout, pour partager leur discours. Car chaque partie du corps parle, exprime son ressenti intime, lequel se manifeste par une tension, une contracture, un frémissement, une transparence. Un dialogue peut alors s’établir, d’autant que les corps ne sont pas livrés dans leur entier et qu’ils se déplacent furtivement entre deux tableaux au beau milieu des spectateurs, en les frôlant. Mais ce dialogue ne s’éternise pas, le regard étant contraint par la lumière à se porter ailleurs. Il se construit ainsi petit à petit une mosaïque de sensations qui, une fois rassemblées, donne au public - obligé malgré lui à s’immiscer dans cet espace réservé aux danseurs pour partager leur intimité - une impression de douceur, de bien-être, de calme et de volupté.

 

J.M. Gourreau

 

Objecte / S. Pabiot, Le Colombier, Bagnolet, Novembre 2009 ; Pantin, Décembre 2009.

Prochaines représentations : Clermont-Ferrand, les 8 et 9 février 2010.

La compagnie Wejna donnera Rezo au Centre National de la danse à Pantin les 2, 3, et 4 décembre à 18h.

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau