Paco Dècina / Précipitations / Un lénifiant univers / Malakoff / Mai 2012

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Photos L. Philippe

Paco Dècina :

 

Un lénifiant univers

 

 

Qui aurait pu croire que de telles « précipitations » puissent engendrer cette chaleur entre les corps, ce bouillonnement, ce sentiment de puissance sourde mais contenue, parfaitement maîtrisée ? Ce thème choisi par Paco Dècina comme trame de sa dernière œuvre ne doit certes pas être pris pour une simple évocation des effets de l’urgence ou de la célérité, tels ceux d’une pluie violente et dévastatrice, ou même de la lente mutation résultant du mélange de deux corps chimiques qui interagissent l’un au contact de l’autre… Si tel est pourtant le propos originel du chorégraphe, la réaction produite, loin d’obéir purement aux simples lois de la chimie ou de l’alchimie, a donné naissance à la Vie dans ce qu’elle a de plus noble et de plus pur, celle de la chair qui vibre et qui frémit, celle d’une humanité, d’une sensualité et d’une volupté à nulles autres pareilles, dans des corps à corps aux gestes suspendus dans la sérénité, d’une sublime et fulgurante beauté.

Paco Dècina sait et a toujours su s’entourer d’artistes de grand talent, et ce dans toutes les disciplines, que ce soit au niveau de l’interprétation – n’a t’on pas le plaisir de retrouver ici Jesus Sevari, Takashi Ueno et le non moins célèbre hip-hopeur Orin Camus ? – ou de la conception et la réalisation de ses projets. Aussi est-il vrai que la réussite de Précipitations est due non seulement à la tendresse indicible qui émane de ces enlacements sculpturaux amenés avec une science consommée tant par Noriko Matsuyama et Paco lui-même que par Chloé Hernandez et Orin Camus, à sa chorégraphie toute en lenteur, véritable calligraphie des sentiments de l’âme, et à son impulsive musique, mais aussi à son dispositif scénique et à ses lumières. L’atmosphère lénifiante, le charme et l’harmonie qui émanent de cette pièce s’avèrent en effet également dus à la judicieuse combinaison de ces éléments déterminants chacun dans son domaine, entre autres l’épure de la scénographie : une simple sphère d’acier à l’extrémité d’un balancier autour de laquelle vont se lover les danseurs et qui va les plonger dans un fascinant univers spatial d’une irréelle beauté grâce aux savantes lumières de Laurent Schneegans. Le tout auréolé par une envoûtante partition musicale monochrome de Fred Malle et de Christian Lété qui se déploie avec naturel dans la plus parfaite harmonie. Une œuvre qui a le pouvoir de nous extraire des tracas de l’existence, de nous les faire oublier tout en nous laissant entrevoir ce monde cher à Baudelaire au sein duquel règnent la beauté, le calme et la volupté.

J.M. Gourreau

 

Précipitations / Paco Dècina, Malakoff, Théâtre 71, 3 et 4 mai 2012.

 

Prochaines représentations :

-         5 octobre 2012 : Mâcon

-         19 octobre, Paris, Eglise St Lieu.

 

Paco Dècina / Précipitations /

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