Pal Frenak / k.Rush / L'ivresse de la liberté

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Photos J.M. Gourreau




L’ivresse de la liberté

 

Il y a violence et violence. Celle du casseur, purement gratuite, qui s’en prend aux voitures, juste par envie de détruire, de faire du mal. Et puis il y a celle de l’être qui, longtemps enfermé dans un système par de multiples carcans, s’en retrouve tout d’un coup libéré, ce qui le conduit à l’explosion, à l’expansion d’une joie indicible, à une sorte d’ivresse qu’il ne réfrène plus, qu’il peut enfin laisser exploser violemment, en toute liberté. Ce sont ces sentiments qui animent les personnages de k.Rush, la pièce que Pál Frenák vient de présenter au CND, une œuvre dense et puissante, certes déjà un peu ancienne puisqu’elle a été créée à Pécs en Hongrie en décembre 2010 mais qui n’a été présentée que quatre fois en France, entre autres à la Rose des vents, en mars 2011. Une œuvre riche, frénétique, qui fait allusion au 7ème art et qui l’utilise à bon escient, le chorégraphe étant fasciné par le cinéma américain des années 50.

Sous couvert d’urgence, k.Rush évoque la fragilité de l’existence, la vie dans tout ce qu’elle peut avoir d’éphémère mais surtout la propension de l’Homme à se détruire aveuglément, à profiter de façon rapide et immédiate de tout ce qui lui est donné, sans penser à son avenir. Peut-être ce sentiment est-il à relier à la découverte de l’occident, de ses richesses, de sa turbulence et de l’apparente liberté et facilité de vie, par un chorégraphe ayant eu une enfance difficile, ayant subi misère et privations de l’autre côté du rideau de fer avant de pouvoir rejoindre l’eldorado que représentait pour lui la France, voire l’Amérique ?

Sur scène, une Cadillac blanche, symbole du cinéma hollywoodien. Sur le mur du fond, un paysage centré sur une route, avalée à toute allure. Soudain, c’est l’accident. Coup de frein brutal, crissements de pneus sur le macadam, à vous donner froid dans le dos. Et puis le choc. Le spectateur est mis dans l’ambiance dès les premières secondes du spectacle, sans ambages. Les scènes et les plans se succèdent alors une cadence infernale, dans un ordre déroutant qui n’a cependant pour but que d’évoquer les possibilités infinies imaginées par l’Homme pour provoquer sa fin. Sur scène, la performance est étonnante, les danseurs, d’une énergie et d’une technique prodigieuses, s’incrustant dans les images à un rythme effréné, avec un abandon total. L’érotisme est mêlé à une sorte d’urgence parfaitement servie par la partition électro-acoustique de Gilles Cauvin. Les images de Philippe Martini et de Gyula Majoros font référence à des films d’anthologie, Thelma et Louise de Ridley Scott ou Scarface de Brian de Palma par exemple. Plus généralement à toutes ces images et scènes cultes qui ont fait la joie de toute une génération de cinéphiles, depuis la femme fatale, sa cigarette aux lèvres, jusqu’aux étreintes voluptueuses, passions inassouvies, et ébats sur le capot, sans oublier les gangsters et le cadavre dans le coffre de la limousine, la griserie de la vitesse, les paysages de rêve… Le chorégraphe lui-même, avec son calme et son flegme habituels, interviendra à la fin de l’œuvre, pour tempérer ces ébats et reprendre la main sur le cours des choses, clin d’œil sans doute au conflit inéluctable des générations.  Une œuvre qui met donc parfaitement en valeur la violence des passions mais aussi l’inconscience de l’Homme face à la nature. Il est dommage cependant que, du fait de la difficulté extrême de la chorégraphie, les interprètes n’aient pu parvenir à exprimer  réellement les sentiments qui pouvaient les animer.

J.M. Gourreau

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k.Rush / Pál Frenák, Centre National de la danse, Pantin, du 6 au 8 février 2013. 

 

 

Pal Frenak / k.Rush / CND Pantin / Février 2012

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