Paquita / P. Lacotte, Palais Garnier, Déc.2007.

Pierre Lacotte :

 

Paquita

 

 

Chef d’œuvre du ballet romantique, Paquita, créé en 1846 à l’Académie Royale de musique dans la chorégraphie de Joseph Mazilier sur une partition d’Edouard Deldevez, connut un immense succès lors de sa création, tant et si bien qu’ il resta durant cinq années au répertoire de l’Opéra.  Il fut d’ailleurs exporté la même année à Londres puis en Russie par Marius Petipa, frère cadet de Lucien, créateur du rôle de d’Hervilly. S’il disparut des scènes française et britannique dans les décennies qui suivirent, il fut en revanche dansé presque sans interruption en Russie jusqu’aux évènements de la révolution bolchevique dans la version de Marius Petipa, sur une nouvelle musique de Minkus, compositeur officiel des théâtres impériaux. Trente ans s’écoulèrent alors avant que quelques grands pas de deux soient repris aux Ballets russes de Monte-Carlo, au New-York City Ballet et au Théâtre Maly de St Pétersbourg. Mais il ne restait plus de trace de l’œuvre originale. En 1978 cependant, Oleg Vinogradov en remonta une partie pour le Ballet du Kirov : cette version entra au répertoire de l’Opéra de Paris en 1980 et y resta jusqu’à la création de Pierre Lacotte en 2001.

Nul n’ignore l’engouement de ce chorégraphe pour les reconstitutions des ballets romantiques du passé. La disparition quasi-totale de Paquita ne pouvait qu’aiguiser sa soif de le remonter le plus fidèlement possible. Son talent, son acharnement, son souci de l’harmonie et du moindre détail en firent un véritable chef d’œuvre. Il est bien sûr évident que seules certaines variations sont conformes aux originales. Mais l’esprit de ce ballet a été totalement respecté, et les représentations actuelles nous donnent l’image la plus fidèle de ce que pouvait être l’œuvre à sa création.

A ceci près que les variations des solistes, revues et corrigées par Pierre Lacotte, exigent une technicité que n’avaient pas les étoiles des siècles passés. Dorothée Gilbert, qui a été nommée Etoile en novembre dernier, s’y montra très convaincante et d’une aisance éblouissante, notamment dans ses fouettés et sa diagonale de grands jetés au 2ème acte. Elle s’avéra en outre être une excellente comédienne, intelligente et pleine de vivacité. Sa simplicité et son naturel, lorsqu’elle reconnaît le portrait de son père furent source de grande émotion. Toutefois, le grand moment de la soirée nous vint d’ailleurs, en l’occurrence de Mathias Heymann, dans le pas de trois du 1er acte. Son élégance et sa prestance alliées à une fabuleuse technique déclenchèrent à juste titre des salves d’applaudissements. Le prix Carpeaux et le prix de l’AROP qu’il récolta cette année ne furent qu’une juste récompense de son talent. Gageons qu’il gagnera très rapidement ses galons d’étoile : il en a d’ailleurs pris le chemin.

 

                                                                                                                     J-M. Gourreau

 

 

Dorothée Gilbert dans Paquita

Photo G. Magliocca

Paquita  / P. Lacotte.  Palais Garnier, Décembre 2007.

 

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