Patrick Bonté - Nicole Mossoux / Histoire de l'imposture / La comédie humaine

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Photos J.M. Gourreau

Patrick Bonté - Nicole Mossoux :

La comédie humaine

 

Etre et paraître. Nous voulons toujours être ce que nous ne sommes pas, devenir ce que nous ne pourrons jamais être. Tout est bon pour y parvenir mais le résultat s'avère souvent sinon désastreux, du moins ridicule. C'est une petite phrase anodine de Kafka, tirée du recueil Fables et mystifications qui a frappé Patrick Bonté et qui est à l'origine du spectacle : " Tout navigue sous de faux pavillons, il n'est pas un seul mot qui corresponde à la vérité," écrivait le philosophe pragois en se prenant pour exemple. Or, n'est-il pas vrai qu'une partie plus ou moins grande de notre existence consiste justement à nous adapter le plus parfaitement possible à " l'artifice des postures sociales, des jeux de rôle, des normes conformistes qui nous façonnent et nous coulent dans des personnalités d'emprunt, aujourd'hui peut-être plus que jamais" ? Imposture qui s'est bien évidemment reproduite au fil des siècles et ce, depuis la nuit des temps...

C'est fort habilement que Patrick Bonté et Nicole Mossoux se sont emparés de ce sujet pour l'adapter à la scène, d'autant que le théâtre s'y prête tout particulièrement. Et les interprètes s'y sont montrés fort brillants. Ce qui peut-être, ne fut pas à mettre exclusivement sur le compte de leur talent mais aussi et surtout sur celui de leurs convictions. Dans Le paradoxe du comédien, Diderot écrivait en effet : " Le comédien qui joue de réflexion, d'étude de la nature humaine, d'imitation constante d'après quelque modèle idéal, d'imagination, de mémoire, sera un, le même à toutes les représentations, toujours également parfait ; tout a été mesuré, combiné, appris, ordonné dans sa tête"... Concept à modérer dans ce spectacle, les danseurs étant intimement persuadés du bien fondé de ce qui leur avait été donné d'interpréter : ils n'avaient donc pas besoin de jouer un rôle mais simplement le leur. C'est peut-être la raison pour laquelle leur prestation fut réellement à la hauteur de ce qu'en attendaient les concepteurs de la pièce, souvent d'une drôlerie irrésistible, le jeu théâtral surpassant parfois l'expressionnisme de la danse.

L'architecture de la pièce se révèle d'ailleurs résulter d'une grande habilité, Patrick Bonté ayant fait le choix de faire entrer ses danseurs dans la nudité la plus totale, symbole de l'innocence et de la pureté originelle. Petit à petit cependant, ils vont se vêtir des atours de  différents personnages d'époques révolues, depuis le XVIème siècle jusqu'aux défilés de mode d'aujourd'hui, faisant corps avec leur personnage. Se racontent-ils une histoire ou y croient-ils vraiment ? Peu importe car, les thèmes qu'ils évoquent par leur gestes et leur mimiques - illusions, mystifications, faux-semblants, mensonges et escroqueries - nous semblent bien réels et... éternels ! Tout se déroule sous la forme de courtes séquences se succédant à un rythme effréné sur un carré lumineux de 5 mètres sur 5 dans un climat tel que l'on finit par y croire, malgré l'absurdité des actions parfois mises en scène. L'œuvre se terminera cependant sur une note d'espoir, une envolée libératrice des artistes vers la coulisse, qui fera retomber les spectateurs les pieds sur terre, en les contraignant toutefois à réfléchir sur la condition humaine.

J.M. Gourreau

Histoire de l'imposture / Patrick Bonté & Nicole Mossoux, Bezons, Théâtre Paul Eluard, 6 et 7 février 2014.

Patrick Bonté - Nicole Mossoux / Histoire de l'imposture / Bezons / Février 2013

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