Paulo Ribeiro / Organic beat / White feeling / Un bordel organisé

 

 

Un bordel organisé

 

 

L’œuvre aurait pu s’avérer fort intéressante si Paulo Ribeiro, un des chorégraphe portugais les plus en vogue à l’heure actuelle dans son pays, l’avait dotée d’une… chorégraphie ! Paradoxal peut-être, mais Organic Beat qui a été créé il y a maintenant six ans sur les 2ème et 3ème constructions Credo Inus de John Cage - une pièce d’ailleurs fort attachante par l’originalité et la diversité de ses timbres et de ses sons - est une œuvre abstraite dotée d’une scénographie alléchante et digne du plus grand intérêt du fait de sa chaleur, de sa géométrie spatiale rigoureuse et, surtout, des projections en gros plan de l’image des danseurs en mouvement sur le fond ou les côtés du plateau. Mais cette idée n’est certes pas nouvelle et a été utilisée dans d’autres ballets bien avant que son auteur n’y pense... L’originalité de cette pièce en revanche vient de… sa déconstruction, totalement volontaire d’ailleurs car, à la fin de l’œuvre notamment, Ribeiro montre qu’il est parfaitement capable de régler une chorégraphie d’ensemble pour la trentaine de danseurs auxquels Organic Beat fait appel. Ce sont d’ailleurs la masse et l’unité des interprètes dans ces quelques trop rares moments qui provoque chez le spectateur un sursaut d’intérêt et qui, finalement, ne lui donne pas une trop mauvaise impression du spectacle, d’autant qu’on les trouve essentiellement à la fin de la pièce. En outre, celle-ci se termine sur une très belle image, les danseurs en croix, couchés au sol sur le ventre et bien alignés. Impressionnant. Mais que dire du reste  de la scénographie et, surtout, de la chorégraphie sinon qu’elle semble totalement inexistante, les danseurs paraissant livrés chacun à eux-mêmes, en totale opposition avec les mouvements de leurs congénères, même si, isolément, leur variation peut être digne de quelque intérêt. Une partie de celles-ci s’effectuant au sol, elles font par moments penser à un grouillement de larves vermiformes, tentant parfois de s’élever, de se sortir de la masse pour survivre.

Ce même reproche, d’ailleurs plus flagrant encore, peut être fait à White feeling, une œuvre auréolée par une musique chaleureuse de Danças Ocultas pour quatre accordéonistes présentée en ouverture du programme. Là encore, l’anarchie totale sur le plan de la chorégraphie, malgré quelques fort beaux mouvements assez acrobatiques d’ailleurs qui, cependant, s’avèrent être en totale discordance avec ceux des autres danseurs mais qui les mettent en valeur. Sans doute ce chaos volontaire était-il fait pour mettre en avant les trop rares variations d’ensemble, entre autres cette très belle chaîne formée par les danseurs qui se nouaient et se dénouaient comme les maillons d’une chaîne de l’amitié…

Ces deux pièces ont été composées alors que Paulo Ribeiro était à la tête du célèbre Ballet Gulbenkian de Lisbonne. Toutes deux de la même veine, elles ne sont pas vraiment caractéristiques du talent de ce chorégraphe. Mais elles ont au moins le mérite d’exalter les qualités, les facultés d’adaptation et la maîtrise étonnante du CCN-Ballet de Lorraine.

J.M. Gourreau

 

Organig beat et White feeling / Paulo Ribeiro, Théâtre de la Ville, Avril 2011.

Paulo Ribeiro :

Commentaires (2)

1. casino.fr (site web) 12/08/2011

Grand article sur l'organisation, j'aime ça.

2. casino en ligne (site web) 12/09/2011

J'aime ses performances. Danse - c'est le langage du corps.

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