Pavlova 3' 23'' / Mathilde Monnier / La mort et la danse

Phototo Marc Coudrais

Mathilde Monnier :

 

La mort et la danse

L'idée de départ n'était pas inintéressante : partant de la célèbre Mort du cygne, solo mythique créé par Fokine pour Anna Pavlova en 1907, et qui dure exactement 3 minutes et 23 secondes, d'où le titre de la pièce, Mathilde Monnier proposa à chacun de ses 9 danseurs de donner sa propre vision actualisée de ce solo. De même, la partition de Saint-Saëns devait-elle être « revisitée » par 5 musiciens contemporains, travaillant de concert avec les interprètes. Outre sa portée philosophique et historique, cette idée mettait l'accent sur le fait que la danse est, par excellence, l'art de l'éphémère dont il ne peut subsister, après la mort de ses interprètes, que des impressions, voire des souvenirs. Mais, surtout, la mort est quelque chose d'inéluctable qui nous questionne et nous obsède, à un moment ou l'autre de notre existence. Réunir et mixer neuf visions différentes, avec une panoplie aussi variée que celle que l'art de Terpsichore nous offre aujourd’hui, n’aurait pas manqué de piquant.

Las ! La diversité des opinions émises alliée à un manque de formalisme, sans doute volontaire, aboutit à une pièce désordonnée, sans structure, au sein de laquelle le spectateur ne put qu'errer, se perdant dans les dédales d'une scénographie alambiquée et décousue. Pourtant, tout avait bien commencé : dès leur arrivée sur scène, les danseurs s'affalaient au sol tous en même temps, semblant tomber dans une profonde catalepsie. Au bout de quelques instants, une jeune fille se relevait, se mettant à évoquer le souvenir de La Pavlova dans la langue de Shakespeare. Ses compagnons sortaient alors de leur torpeur, reprenant pour leur compte cette évocation en la remodelant ou la recomposant, en en rajoutant une nouvelle couche à chaque instant. Foisonnement d'idées fusant en tous sens, évidemment traduites par autant de moments dansés, qui donnaient une impression d'hétérogénéité et de complexité à l'oeuvre. Et ce pour chacun des 9 danseurs ! D'où la sensation, du fait des répétitions volontaires, d'une danse qui n'en finissait pas d'en finir...

Toutefois, cette répétition des phrases chorégraphiques, à l'instar d'un leitmotiv, évoquait leur fragilité, leur éphémérité, et ce prégnant besoin de les renouveler afin qu'elles entrent et s'ancrent dans nos mémoires. Sous-jacente également, l'idée de résister, de ne pas sombrer, de retarder au maximum l'heure fatale où la Mort viendra faire son oeuvre. La pièce eut sans doute été plus lisible, donc plus accessible si la chorégraphe avait précisé ses intentions dans le programme. Malheureusement, il n’en a rien été.

J.M. Gourreau

Pavlova 3'’23'' / Mathilde Monnier, Théâtre de la Ville, Paris, Février 2010.

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