Philippe Découflé / Octopus / Sensualité, quand tu nous tiens...

Photo X. Lambours

Philippe Découflé :

 

 

Sensualité, quand tu nous tiens…

 

 

Un ballet de langues serpentesques et limacesques, visqueuses à souhait, croyez-vous que cela puisse exister ? Non, bien sûr ! Eh bien, vous vous trompez. Aussi incroyable que cela puisse paraître, Découflé l’a inventé… Des langues qui se cherchent, se câlinent, se tortillent et s’entortillent l’une avec l’autre, allant même jusqu’à léchouiller la narine juste au dessus… Vous vous en serez douté : la dernière création de ce diabolique chorégraphe ne manque ni de piquant, ni de mordant ! Ce sont en fait des trésors d’imagination qui déferlent sur le plateau à la vitesse d’un tsunami durant presque deux heures ! Et pas seulement du côté des danseurs. Il a en effet dégotté deux fabuleux musiciens aussi délurés que lui, à son image, Labyala Nosfell et Pierre Le Bougeois. Le mélange, amalgame de rock dansé et chanté, est aussi détonnant qu’étonnant.

Le spectateur est transporté dans une sorte de cathédrale ou de palais gothique, voire peut-être d’aquarium au sein duquel est livrée au spectateur une succession de tableaux dadaïstes orchestrés du fond d’un écran par un Christophe Salengro dont la tête est auréolée d’une myriades d’oreilles décollées… On nage en plein délire surréaliste, situation que le chorégraphe affectionne d’ailleurs particulièrement depuis ses tous débuts sur scène. Sur le plateau, 8 danseurs-circassiens aux membres tentaculaires – d’où le nom d’Octopus donné à l’œuvre – entament ensemble ou tour à tour une succession de piécettes d’une sensualité extrême, parfois relayées en gros plan par leur image en vidéo sur grand écran. Pas de véritable structure mais des images jetées pèle mêle, au gré de l’imagination du chorégraphe. Des situations abracadabrantes mais aussi fort belles comme celle de cette femme affublée d’un costume mi masculin, mi-féminin, mi-blanc, mi-noir, qui vient se rouler lascivement sur la table du présentateur avant de disparaître comme par enchantement. Ou, encore, de cette anémone de mer tentaculaire sur la table du Boléro béjartien qui, en se dépliant, va donner naissance à 8 fabuleux danseurs.

Vous l’aurez compris, Découflé invite son public à nager dans un univers fantasmagorique, un monde de mutations, de transformations, de reconversions indescriptibles au sein duquel les corps sont fragmentés, morcelés, ligotés, découpés, voire crucifiés… mais au sein duquel on retrouve également des réminiscences de la revue qu’il a créée pour le Crazy Horse en 2009. Un regret cependant : si cet univers s’avère bien caractéristique de son style, il n’en est pas moins plus sérieux et moins léger que celui qu’il avait adopté jusqu’alors, comme s’il s’était un peu départi de son humour avec les vicissitudes de la vie…

 

J.M. Gourreau

 

Octopus / Philippe Découflé, Théâtre National de Chaillot, Jusqu’au 4 février 2011.

 

 

 

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