Philippe Genty / Voyageurs immobiles / Illusions perdues

 

Philippe Genty :                                                                                                                                         Photo J.M. Gourreau

 

 

 

 

Illusions perdues

 

 

Souvenez-vous, c’était en 1992, Philippe Genty offrait à son public un de ses plus beaux spectacles, Ne m’oublie pas. Un univers fantasmagorique et poétique, drôle et triste tout à la fois, un monde fabuleux et magique, au sein duquel la réalité côtoyait l’illusion et qui narrait l’odyssée de quelques êtres sortis de nulle part au fil de nos rêves. Trois ans plus tard naissait un tout autre univers, l’épopée de nouveaux voyageurs à travers les mers et les déserts de notre vaste monde. Mais, s’il y avait toujours le même humour, la même dérision, cette fois le propos était plus austère : ce faiseur d’illusions était sorti de son rêve et de sa poésie pour nous faire entrevoir les dures réalités de l’existence, celles qu’il avait pu vivre au cours de ses nombreux périples, les travers de notre société, les comportements inhumains et la misère qu’il avait pu côtoyer et qui lui avaient donné à réfléchir… Il en résulta un spectacle grave et profond sous des allures pourtant joviales et bon enfant. Tous les maux de la création et leurs conséquences surgissaient au fil des minutes, presque sans que l’on s’en aperçoive, tant les gags plus drôles les uns que les autres les masquaient, tant les images plus étonnantes les unes que les autres, apparaissaient, comme dans un conte d’enfant. Toute l’horreur de nos comportements était présentée dans une ineffable beauté. Et l’on se prenait à rire quand cette myriade de bébés, qui se multipliaient comme des petits pains, allusion évidente à la surpopulation, était utilisée comme boulets de canon ou comme… chair à saucisse ! Les épidémies, la crise boursière, les guerres, l’immigration, la domination des hippies faisaient l’objet d’un même traitement, les images fascinantes qui se déroulaient sous nos yeux, toutes plus belles les unes que les autres, inhibant notre réflexion et notre jugement.

Aujourd’hui, le spectacle, revu et corrigé, augmenté de deux nouvelles scènes comme celle des « clones » et celle des « naufragés », fait l’objet d’une nouvelle version, encore plus dure peut-être, en tout cas à l’image de notre monde. Par ailleurs, cinq autres ont été totalement modifiées et seulement trois ont été conservées telles quelles. Si les tableaux que nous présente ce prodigieux conteur sont toujours aussi fascinants et magiques, l’on regrette cependant qu’il n’ait pu garder contre vents et marées, à l’instar du Petit Prince, la pureté de son âme d’enfant.

 

J.M. Gourreau

 

Voyageurs immobiles / Philippe Genty – Mary Underwood, Villejuif, Théâtre Romain Rolland, 12 Mai 2010.

 

                                                                                                                  Photo Pascal François

Prochaines représentations : du 27 Mai au 27 Juin, Paris, Théâtre du Rond Point.

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