Philippe Ménard / Show time / Complicité, quand tu nous tiens...

 

Photos J.M. Gourreau

 

Philippe Ménard :

 

Complicité, quand tu nous tiens…

 

 

Plus qu’une recherche des rares moments de grâce que le chorégraphe souhaite faire partager à son public, plus qu’un questionnement sur les raisons de dévoiler ce qui se trame dans un spectacle, Show Time, la dernière œuvre de Philippe Ménard, évoque les relations d’amitié et, surtout, de connivence entre deux peuples, Blancs et Noirs.

En effet, il a été récemment donné au chorégraphe l’occasion d’effectuer à plusieurs reprises des voyages pédagogiques à Ouagadougou, dans le cadre d’un projet Burkina Faso – France. Très vite, une relation extrêmement forte doublée d’une étonnante complicité est née de la rencontre entre quelques « enseignés » et l’enseignant. Entre autres, l’idée d’engager le public dans les dessous du « jeu » qui anime les protagonistes d’une œuvre avant sa représentation, de lui faire découvrir ce qui se trame avant l’entrée en scène ; et, aussi, l’état d’esprit dans lequel se trouvent les différents acteurs en présence, les liens qui se tissent entre eux, l’éphémère des situations mises en scène, particulièrement de l’instant vécu… D’autant que cette connivence avait fait naître entre les artistes un impérieux besoin de partager sentiments et vécu…

Voilà donc jetées les bases de Show Time. Mais l’œuvre est sous-tendue par un propos bien, plus important, plus grave aussi, et qui devint de plus en plus évident au fil du temps, à savoir les dérives de notre société européanisée et de leur malencontreuse transmission en décalé au continent africain. Mouvement qui se dessina petit à petit, sans bruit, mais qui devint très rapidement fort préoccupant. En témoignent les impressionnantes images de ces immeubles qui n’en finissent pas de s’écrouler et qui, bien sûr, symbolisent la destruction lente mais inéluctable de notre société. Pourtant, une évidente dérision anime le propos de nos deux compères Philippe Ménard et Boukson Sere mais, aussi, le minimise. Ou, tout au moins, nous suggère qu’il nous faut réagir, que nous avons encore la possibilité de retarder ce déclin.

Au début de l’œuvre, une chanson pas tout à fait innocente, « Silent is sexy », se fait entendre dans le lointain. Le rideau se lève sur deux personnages en costume – cravate, lunettes noires, assis de dos, sous une rampe lumineuse introspective. Lorsqu’ils se retournent, c’est pour entamer, dans le silence, une danse dégingandée, nerveuse, parfois sautillée mais toujours en phase, laquelle tranche avec leur allure de gentlemen. L’élève copie le maître en tout. Le bien comme le mal. L’écriture est directe, sans ambiguïté aucune. Le spectateur n’en sort pas indemne. Tout semble parfaitement programmé. Définitivement ?

 

J.M. Gourreau

 

Show Time / P. Ménard, Espace 1789, Saint-Ouen, Décembre 2009, Etoile du Nord, Paris, 12 janvier 2010.

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