Philippe Saire / Vacuum / Leçon d'anatomie

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Photos Philippe Weissbrodt

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Philippe Saire:

Leçon d'anatomie

En latin, vacuum signifie vide. C'est en effet du vide ou, plus exactement, du néant que le chorégraphe suisse Philippe Saire va faire surgir ou disparaître comme par magie, des images de corps ou de fragments de corps nus, pour en faire sourdre des formes inhabituelles, révélatrices de l'étonnante beauté de l'anatomie masculine. Le rideau s'ouvre sur la scène totalement plongée dans l'obscurité, deux néons placés horizontalement l'un au dessus de l'autre, face au public à hauteur des yeux, à un peu plus d'un mètre de distance pour délimiter un cadre, laissant deviner qu'il sera le lieu des futurs ébats. Très lentement une forme étrange que l'on va peu à peu identifier comme une épaule vue de dessus surgit de l'ombre avant de se fondre presque aussitôt dans l'obscurité. Celle-ci fait bien vite place à un dos cambré, tronqué comme celui d'un mannequin, qui émerge de l'ombre révélant une musculature d'athlète, harmonieusement disposée de chaque côté d'une épine dorsale en saillie, évoquant ces minutieuses planches anatomiques que l'on peut admirer dans les vieux ouvrages des seizième ou dix-septième siècles. Ce dos va lui aussi presque aussitôt s'évanouir dans l'ombre pour reparaître l'instant suivant sous un nouveau profil, sculpté, détouré, disséqué par la lumière incisive des néons. Et tout à l’avenant durant presque une demi-heure. Etrange mise en valeur d'éléments de notre corps sous des angles auxquels nous n'étions pas habitués de les voir, tels ces bustes dépourvus de membres, ces coudes et genoux limités à leur articulation, ces têtes décollées mais bien vivantes évoquant des sculptures de Michel-Ange, placés dans des positions inhabituelles, éléments mus par le truchement d’invisibles chariots à plateau mobile ou de tours (analogues à ceux de potiers) qui les aident à se positionner, à s’avancer ou se retirer sous le scalpel incisif de la lumière. Un procédé exploité à fond qui, certes, n’est pas de la danse mais qui s’y apparente en créant des formes aussi singulières qu’extravagantes à partir de corps mis en mouvement.

Ce duo est le troisième volet d’une série de courtes pièces dénommées Dispositifs, « en convergence avec les arts visuels ». La première partie de ces œuvres, Black out, fut accueillie en décembre 2013 dans ce même théâtre.

J.M. Gourreau

Vacuum / Philippe Saire, Théâtre National de Chaillot, du 9 au 17 mars 2016.

 

Philippe Saire / Vacuum / Théâtre de Chaillot / Mars 2016

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