Picasso et la danse / Europa Danse, Longjumeau, Novembre 2008.

Europa Danse :

                                                                            Elixir de jouvence

 

Qu’il fût à la tête du Théâtre de l’Opéra de Paris, du Ballet Théâtre contemporain d’Amiens, du Théâtre du Châtelet ou du Ballet de Nancy, Jean-Albert Cartier a toujours offert à son public des spectacles d’une très grande qualité, tant sur le plan artistique que technique. Grand découvreur de talents, cet homme au goût et au jugement très sûrs nous en a apporté une nouvelle fois la preuve avec cet hommage à Picasso que vient de tourner durant deux saisons Europa Danse, compagnie de jeunes danseurs internationaux qu’il a fondée en 1999, à près de 70 ans. Cette académie réunit quelques uns des meilleurs danseurs issus des conservatoires et écoles les plus prestigieux d’Europe avant leur engagement dans la vie professionnelle, leur offrant, à travers cette série de spectacles, l’expérience de la scène. C’est dire l’enthousiasme qui les anime et la technicité dont ils peuvent faire preuve. Réellement fabuleux !

Critique d’art à ses heures – Jean-Albert Cartier a écrit plusieurs monographies sur des peintres contemporains tels Jansem, Madeleine Luka, Carrega ou Volti – il était logique qu’il s’intéressât au cubisme et à Picasso qui avait réalisé pour Diaghilev les décors et costumes de Parade de Satie, et de Pulcinella de Stravinsky. Si le premier de ces deux chefs d’œuvre a été remonté quasiment à l’identique, tant au niveau de la chorégraphie que des décors, Pulcinella en revanche a fait l’objet d’une réécriture par Anna–Maria Stekelman, non sur la musique originale mais sur sa « Suite de Ballet » : l’étonnant est que cette chorégraphe a su parfaitement reproduire l’ambiance et l’esprit dans lesquels Massine avait monté l’œuvre en 1920. Un véritable bijou !

La logique voulait également  que l’un de nos plus brillants chorégraphes classiques actuels, Thierry Malandain, soit associé à ce programme : or, celui-ci a concocté pour cette jeune compagnie une pochade d’une grande fraîcheur et d’une drôlerie irrésistible : Mercure faisait en effet partie d’une série de spectacles chorégraphiques donnés par le compte de Beaumont au Théâtre de la Cigale sous le titre « Soirées de Paris ». Y participaient tous les joyeux lurons de l’époque, Sauguet, Milhaud, Satie entre autres et, parmi les décorateurs, Braque, Derain, Laurencin ainsi, bien sûr, que Picasso. Il ne subsiste malheureusement plus grand-chose de ces spectacles si ce n’est quelques costumes et éléments de décor, le rideau de scène de Picasso notamment. Mais rien des chorégraphies. Cartier demanda alors à Malandain d’élaborer une piécette dans l’esprit de l’époque, ce qu’il réussit à merveille en un tour de main.

Et puis, Picasso, c’est bien sûr l’Espagne, pays que chérissaient également Diaghilev et Stravinsky qui y créèrent entre autres un ballet, Cuadro flamenco, dans des décors non utilisés que Picasso avait réalisés un an auparavant pour Pulcinella. Ayant retrouvé la maquette de cette œuvre, Jean-Albert Cartier demanda à Beatriz Martin et à Ricardo Franco d’en régler une nouvelle chorégraphie pour les huit jeunes danseurs issus du Conservatoire royal de Madrid : un feu d’artifice longuement acclamé à chaque représentation par des spectateurs comblés par le feu sacré, l’enthousiasme et la parfaite maîtrise de ces magnifiques danseurs.

 

                                                                                                                                                                 J.M. Gourreau

 

Picasso et la danse / Europa Danse, Longjumeau, Novembre 2008.

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