Pierre Droulers / De l'air et du vent / De la brise à la tempête

Photo J.M. Gourreau

Pierre Droulers :

 

 

De la brise à la tempête

 

Voilà des danseurs auxquels le vent a donné des ailes ! Et, surtout, le plaisir de danser… Pas d’argument dans cette re-création, si ce n’est celui du vent, qui tantôt se fait doux comme la brise, tantôt violent comme un ouragan, dévastant tout sur son passage, jusqu’à emporter dans son mouvement les corps de ceux qui l’ont convié sur scène L’étonnant, c’est que, dans cette suite ininterrompue de mouvements aériens, ces corps sont eux-mêmes devenus vent, alizé ou tempête, zéphyr ou bourrasque. Chacun à leur manière d’ailleurs, le chorégraphe ayant souvent laissé à ses interprètes la faculté de s’exprimer, chacun rivalisant de force, d’adresse et d’endurance, sans toutefois rechercher la performance.

A dire vrai, De l’air et du vent n’est pas une pièce nouvelle, Pierre Droulers  l’ayant créée il y a un peu moins de quinze ans. En outre, elle avait beaucoup tourné, jusqu’à en devenir sa pièce fétiche. Mais il éprouvait le besoin de s’en emparer de nouveau, pour jauger de son impact aujourd’hui, pour savoir si elle avait résisté aux épreuves du temps. Peu de changements par rapport à l’œuvre originelle si ce n’est les interprètes et, avec eux, les modifications qu’ils y ont eux-mêmes apporté. L’œuvre est en fait une suite de propositions où les accalmies succèdent à des moments d’une rare violence, où les êtres et les choses ploient et se tordent pour résister, traversant l’espace en tourbillonnant sur eux-mêmes, jusqu’au moment de la trêve où tout s’apaise, où tout se fait douceur et légèreté. Et l’on se met à penser aux tourbillons et turpitudes de la vie qui nous entraînent souvent loin du but recherché, bien involontairement d’ailleurs et qui nous contraignent à modifier notre chemin. Il y a ceux qui plient comme le roseau sous le vent mais aussi ceux qui cassent ou se disloquent et qui s’en trouvent à jamais estropiés ! De ce fait, l’on pourrait peut-être reprocher à cette pièce son manque de ligne directrice et d’homogénéité car seule sa trame a été tracée par le chorégraphe, les interprètes se chargeant d’en tisser les mailles et de les charger de couleur. Mais son atout est finalement sa diversité et l’enthousiasme de ses exécutants auxquels il est rarement donné la possibilité de s’exprimer avec un tel bonheur.


De l’air et du vent reste donc une pièce forte qui donne à réfléchir sur deux plans. Tout d’abord, à notre résistance face aux éléments naturels déchaînés, aux caprices de la nature contre lesquels les lilliputiens que nous sommes ne sont pas toujours suffisamment préparés et qui peuvent nous briser comme un fétu de paille ; mais aussi, sur un tout autre plan, à la résistance d’un spectacle au temps et à la transmission d’une œuvre à de nouveaux danseurs, lesquels ne se trouvent bien évidemment plus dans le contexte et l’état d’esprit de ceux qui l’avaient créée bien longtemps auparavant.

 

J.M. Gourreau

 

De l’air et du vent / Pierre Droulers, Théâtre de la Cité internationale, Mai – Juin 2011.

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