Pierre Rigal / Arrêts de jeu / A l'école de la vie

Pierre Rigal :

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Photos P. Grosbois

 

 

 

 A l'école de la vie

 

A l’instar de Maguy Marin dont on peut voir une rétrospective de ses principales œuvres dans différents lieux de la capitale, quatre des pièces de Pierre Rigal sont présentées en alternance au Théâtre du Rond Point à Paris au cours du mois novembre, ce qui est rare pour un chorégraphe, d’autant que celui-ci n’a pas à son actif un nombre d’œuvres extrêmement important.

Venu à la danse assez tardivement après avoir fait des études de cinéma, Pierre Rigal a aussi été attiré très vite par la vidéo, ce qui explique sa prégnante utilisation dans Arrêts de jeu, œuvre dont la mise en scène est co-signée par Aurélien Bory, metteur en scène et plasticien notoire avec lequel il avait créé sa première pièce, un solo dénommé Erection. Pierre Rigal a aussi été, durant son adolescence, un sportif de haut niveau - il s’était spécialisé dans le 400 m et le 400 m haies -  ce qui explique également son attrait pour le sport.

Selon le dictionnaire, les "arrêts de jeu" représentent, en sport un ajout de temps supplémentaire délivré par l’arbitre à la fin d'une partie pour récupérer le temps perdu lors de blessures, remplacements ou autres interruptions durant le match. La pièce de Pierre Rigal fait appel à un souvenir d’enfance, un match de foot légendaire opposant, en demie finale, la France à la RDA pour la coupe du monde, et que notre pays perdit lors des prolongations, suite aux tirs au but de l’équipe adverse. Une victoire considérée comme injuste par les français, en particulier par le chorégraphe qui avait alors 9 ans.

Ce revirement de situation fut à l’origine d’une réflexion ou d’un déclic qui permit peut être à l’adolescent qu’il était le passage vers un autre monde, ce match lui ayant ouvert de nouvelles portes sur la vie. Une déception qui le hanta et dont les souvenirs obsédants lui permirent de faire partager par la danse les sentiments qui n’ont cessé de l’étreindre depuis lors.

L’œuvre présentée évoque bien sûr les temps forts de cette rencontre tels qu’ils sont restés dans la mémoire de l’enfant mais avec le recul du temps, d’une manière souvent très théâtrale, l’expressivité primant sur l’esthétique. Elle met en scène quatre joueurs-danseurs qui parviennent à retracer l’ambiance et les temps forts de cette rencontre, avec ses joies, ses angoisses, ses souffrances, ses déceptions, la résignation des participants, grâce à un étonnant talent d’acteur et de mime. L’humour (qui ne devait sans doute pas être présent lors du match !) est ici toujours sous-jacent, évoquant parfois les frasques de Laurel et Hardy, ce qui tend à prouver que le temps efface assez vite les blessures ! L’œuvre, bien que théâtrale, est légère, tantôt empreinte d’exaltation, tantôt de tristesse : les joueurs, qu’ils soient solidaires ou adversaires, parviennent parfaitement à retransmettre ou partager les sentiments qui les animent avec beaucoup d’aisance, dans un univers tantôt ludique, tantôt nimbé de hargne, émaillé d’images d’archives et de commentaires de l’époque dans une ambiance communicative et bon enfant.

J.M. Gourreau

 

Arrêts de jeu / Pierre Rigal, Théâtre du Rond Point, Paris, novembre 2012.

 

Pierre Rigal / Arrêts de jeu / Théâtre du Rond Point / Novembre 2012

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