Pierre Rigal / Même / Va comme j'te pousse

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Photos J.M. Gourreau

Pierre Rigal :

Va comme j’te pousse…

 

Est-ce du lard ou du cochon ? Même, en effet, n’est pas un spectacle de danse pure, au sens propre du terme. Même si cet art y occupe une place relativement importante. Disons, s’il faut le cataloguer, qu’il s’agit d’un spectacle mêlant étroitement théâtre, danse, musique et cirque, ce dans une atmosphère bien évidemment festive et bon enfant. Dès le début de la représentation, et pendant un long moment, on se demande si Pierre Rigal ne cherche pas tout simplement à nous embarquer dans un monde totalement loufoque, à mi-chemin entre la comédie musicale burlesque et le Grand Guignol. Rien que pour le plaisir. Plaisir d’être sur scène avec ses interprètes, plaisir de nous faire plaisir, plaisir de partager son plaisir. Et puis non, il ne peut pas n’y avoir que ça. Car on subodore une certaine connivence entre les performeurs, malgré leur apparente désinvolture. Comme s’ils s’épiaient, se provoquaient, cherchaient à se faire valoir, à rentrer mutuellement dans le jeu les uns des autres, en quête de leur véritable identité. Il en sourd un je ne sais quoi de répétitif, volontairement décalé, qui nous amène à penser que ce qui nous est donné à voir de prime abord n’est pas la vraie motivation de ce spectacle. Et, effectivement, si l’on se réfère au programme qui nous est distribué à l’entrée de la salle, on peut y lire que le chorégraphe évoque de loin le mythe d’Œdipe, l’au-delà de la vie, la mort.

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Le rideau se lève sur huit personnages qui s’affairent au beau milieu d’une pléiade d’instruments de musique, de la guitare au synthétiseur en passant par la batterie, comme s’ils se préparaient à une répétition de travail. Cinq minutes plus tard, entre un neuvième larron, dégustant une banane, avec désinvolture et sans gêne aucune. Ce décalage nous invite à concentrer notre attention sur lui et l’on comprendra assez vite que la pièce repose en fait sur ses épaules. Sa gestuelle répétitive, son indécision apparente nous questionne. Car cette répétition de séquences, presque les mêmes mais jamais totalement identiques, se trouve non seulement dans la danse de tous les protagonistes de l’œuvre mais aussi dans le texte déclamé sur scène. Les gestes sont télescopés, détournés de leur sens originel, le temps est aboli. Ou, plutôt, il se répète, s’accélère, se ralentit, entre fiction et réalité, créant une sorte d’angoisse, d’obsession, de névrose, laquelle conduit à la répétition du comportement. Or, la vie n’est en réalité qu’une suite de faits et de comportements répétitifs, et c’est là où l’on rejoint alors Œdipe : l’on ne peut modifier son destin ; inéluctablement celui-ci devra s’accomplir. Pour ce personnage sur le plateau en effet, toutes les évidences s’avèrent fausses, et cette réalité, additionnée à la distorsion du temps, engendre quelque chose d’oppressant, d’effrayant, de stressant. Petit à petit, tous les interprètes dérivent, entrent dans une spirale infernale dont ils auront bien du mal à sortir. De là le sens du mot "même", lequel contient sous-jacente l’idée de similarité obsessionnelle, de répétition, de retour en arrière pour tenter de s’engager dans une nouvelle voie. Cette pièce pose également la question de l’alter ego et du double. Même deux jumeaux vrais ne feront jamais exactement les mêmes choses, n’auront jamais tout à fait le même comportement. C’est la raison pour laquelle il faut se laisser aller, suivre ses instincts, et c’est seulement alors que l’on parviendra à trouver le vrai bonheur.

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J.M. Gourreau

Même / Pierre Rigal, Théâtre de Châtillon-sous-Bagneux, 25 Janvier 2019.

 

Pierre Rigal / Même / Châtillon-sous-Bagneux / Janvier 2019

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