Pina Bausch / 1980, une pièce de Pina Bausch / Déjeuner sur l'herbe

 

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 Photos U. Weiss

 

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 Pina Bausch :

Déjeuner sur l’herbe

 

 

Pourquoi les œuvres de Pina Bausch font-elles accourir les foules, pourquoi nous touchent-elles toujours autant ? La réponse est simple : parce qu’elles sont pleines d’une humanité à nulle autre pareille, parce qu’elles sont le reflet de notre quotidien que, durant toute sa carrière chorégraphique, Pina a disséqué avec psychologie et humour, sans jamais s’écarter de la ligne de conduite qu’elle s’était tracée. Les portraits dépeints par ses danseurs sont réels et vrais, leurs réactions sont parfaitement justes, même si elles s’avèrent souvent impulsives, voire un peu exagérées, même si elles nous mettent parfois mal à l’aise, mais l’on se retrouve toujours au travers d’elles. Elles sont le reflet de la vie, de nos désirs inassouvis, de nos pensées profondes, de nos actes les plus sensés comme les plus ridicules et sont évoquées avec naturel, de façon badine, bon enfant, jamais pour nous culpabiliser. A nous d’en tirer une éventuelle leçon.

Comme la plupart des œuvres ultérieures de la chorégraphe, Ein Stück von Pina Bausch (Une pièce de Pina Bausch) est un intense fragment de vie ordinaire livré au public pêle-mêle dans toute sa diversité. L’action se déroule dans un pré, magnifique tapis d’herbe verte (et qui sent bon !) au fond duquel s’ébat même un faon, pré qui se transformera au fil des 3h30 du spectacle en aire de pique-nique, de garden-party ou aire de jeux. Les personnages qui le traversent semblent vaquer à des occupations tout à fait ordinaires, presque indifférents les uns aux autres. Certains actes toutefois, totalement décalés, attirent et concentrent l’attention, évoquant des souvenirs d’enfance que nous avons tous vécus. Ainsi un homme, une soupière pleine de soupe qui en ingère quelques cuillères avec difficulté en marmonnant : « Une cuillère pour maman, une cuillère pour papa, une cuillère pour mémé, une cuillère pour pépé »… Ainsi une femme restée seule, soufflant une unique bougie qu’elle rallumera plusieurs fois de suite en murmurant : « Happy birthday to me »… Ainsi les souvenirs toujours prégnants de frayeurs ancestrales, de craintes enfantines ou de quelques interdits ressurgiront-ils comme un leitmotiv tout au long de l’œuvre à la mémoire de certains de ces enfants devenus désormais adultes et qui, on s’en rend compte finalement, se sont répercutés sur nombre de leurs comportements actuels.

1980, ein Stück von Pina Bausch est une œuvre charnière à plus d’un titre dans la vie de la chorégraphe. Celle-ci en effet avait décidé de se départir des trames narratives qui étaient le support de ses œuvres jusqu’alors. Désormais, elle se laisse aller à une liberté d’expression qui octroie à cette pièce une force incommensurable, très théâtrale, qui laisse au spectateur le temps d’assimiler, de « digérer » ce qui lui est apporté. Et puis, sa création survint aussi à un instant très douloureux dans sa vie, à la mort de son compagnon, le scénographe Rolf Borzik. D’où la gravité, la futilité et le dérisoire qui émaillent l’œuvre, sous des aspects pourtant légers et naturels. Mais toute la rouerie, la cruauté, voire le sadisme, ainsi que les penchants et pulsions sexuelles de l’Homme, bien que parfois mêlés d’une certaine tendresse, peuvent se lire au sein de chacun de ses comportements, y compris et surtout dans ses jeux qui ne sont jamais innocents.

J.M. Gourreau

 

1980, une pièce de Pina Bausch, Théâtre de la Ville, du 24 avril au 4 mai 2012.

Pina Bausch / 1980 une pièce de Pina Bausch / Théâtre de la ville / Avril - mai 2012

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