Pina Bausch / Palermo Palermo / Une évocation "colorée" de la capitale sicilienne

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Photos A. Herwegh et O. Look

Pina Bausch :

Une évocation "colorée" de la capitale sicilienne

 

Palermo Palermo est une des premières pièces que Pina Bausch créa en dehors de Wuppertal, plus précisément au Théâtre Blondo de Palerme, le 17 décembre 1989 à l'issue d'un séjour de trois semaines dans la capitale sicilienne. Cette œuvre inaugurait une longue série de souvenirs de voyage que Pina et sa compagnie traduisirent par la suite en tableaux théâtraux et dansés. Curieusement, cette pièce dont les premières images se traduisent par la chute aussi brutale qu'inattendue d'un mur qui obstruait totalement le plateau jusqu'aux cintres, a vu le jour quelques semaines seulement après la chute du mur de Berlin, sans que l'on puisse cependant établir une relation de cause à effet, le décor de Peter Pabst ayant été conçu bien avant la chute de ce mur. Si cet épisode spectaculaire est un des moments forts de la pièce qui peut évoquer aussi bien les éruptions volcaniques ou les tremblements de terre fréquents en Sicile que les désastres de la guerre avec leurs rues jonchées de décombres et déchets de toute sorte, d'autres moins impressionnants, n'en sont pas pour autant moins étonnants.

En fait, comme dans tous les carnets de voyage qui constitueront le sujet de ses pièces ultérieures, Palermo Palermo est une succession de séquences mi-théâtrales, mi-dansées qui s'emboitent, s'interpénètrent et se fondent les unes dans les autres. Des petites histoires souvent surréalistes au sein desquelles l'humour est de mise mais aussi l'absurde et le masochisme. L'humiliation devient rituel, la religion dérision. Ainsi pourra t'on être attendri par les hurlements de Julie Shanahan devenue subitement hystérique et qui supplie un homme de l'embrasser sur la bouche après s'être oint les lèvres de sucre coloré, ainsi pourra t'on être ému par l'attitude de Cristiana Morganti, atteinte d'un syndrome de possession qui serre son paquet de spaghettis tel un bébé sur sa poitrine en répétant comme un leitmotiv qu'ils sont à elle seule et qu'ils ne peuvent être partagés, ainsi pourra t'on rire des efforts de Dominique Mercy pour se poignarder avec ces mêmes spaghettis, ainsi pourra t'on être horrifié par le comportement d'Andrey Berezin qui fait griller à l'aide d'un fer à repasser une tranche de viande crue qu'il a préalablement appliquée sur son bras, ce avant de l'ingurgiter... Et tout à l'avenant. L'œuvre est truffée de trouvailles plus originales les unes que les autres, je pense notamment à cette couronne dont les épines sont transformées en... cigarettes, évoquant par certains côtés la statue de la liberté ! Bien que chacun de ces actes ait une signification très précise, celle-ci n'est pas toujours évidente, même pour les danseurs; et si la traversée des ruines par un chien affamé qui finira par trouver les restes d'un pique-nique peut aisément se comprendre, l'image de cerisiers en fleurs tombant du ciel à l'issue de la représentation est pour le moins énigmatique. Tous ces clichés qui sont puisés dans la vie quotidienne des bas quartiers, fêtes et cérémonies religieuses, liturgies, rites, lieux de plaisir et de débauche, bien que souvent crus, sont faits pour interroger le spectateur. Et c'est cela qui attire chez Pina Bausch: on aime ou on déteste mais on ne reste jamais indifférent.

J.M. Gourreau

Palermo Palermo / Pina Bausch et le Tanztheater Wuppertal, Théâtre de la Ville, du 22 juin au 5 juillet 2014.

 

Pina Bausch / Palermo Palermo / Théâtre de la Ville / Juin 2014

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