Rachid Ouramdane / Sfumato / Propos noyés

Rachid Ouramdane :

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Photos J. Hoepffner

 

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Propos noyés

 

On pourrait croire, à la vision des premières images de Sfumato, que Rachid Ouramdane voulait évoquer les grandes catastrophes écologiques et le destin de ceux qui leur ont survécu. Oui, mais pas seulement. Ce problème préoccupe certes énormément le chorégraphe, comme il le montre dès le début en présentant deux corps laissés pour compte sur place, noyés par un violent tsunami ou calcinés dans un paysage dévasté par un gigantesque incendie. Il le réaffirme quelques minutes plus tard avec son compère Sylvain Giraudeau en mettant en scène un violent orage tropical avec ses trombes d’eau torrentielles durant de longues minutes, jusqu’à ce que le plateau soit totalement noyé sous une dizaine de centimètres d’eau. Un tableau réellement apocalyptique que n’aurait sûrement pas renié un Peter Pabst*. En fait, si les changements climatiques sont bien au centre de l’œuvre, celle-ci ne repose pas seulement sur elles. Il y a aussi chez ces deux artistes la volonté de travailler sur le clair-obscur et le flou, conférant à leurs scènes un aspect irréel. Les plus beaux mais, aussi, les plus impressionnants tableaux sont ceux, très suggestifs, de paysages froids et désolés, auréolés de fumée ou d’un épais brouillard dans lesquels les personnages se fondent, apparaissent et disparaissent dans le mystère le plus total, ce qui, d’ailleurs, a donné son nom à l’œuvre : ‘‘sfumato’’ est en effet un terme dérivé de l’italien et signifiant « évanescence dans la fumée ». Il y a également tout ce travail chorégraphique sur l’eau, souvenirs d’inondations gigantesques consécutives à des tempêtes dévastatrices et dérèglements climatiques que le chorégraphe a sans doute dû vivre car l’auteur du livret, Sonia Chiambretto, évoque sans ambages le déracinement des habitants d’un village vietnamien englouti par les eaux, auxquels l’on fait miroiter, pour se reloger, des gîtes ou demeures qui ne s’avèrent en fin de compte que fumée et poudre aux yeux… Travail qui n’est pas sans rappeler également celui d’Ushio Amagatsu, directeur artistique et chorégraphe de la compagnie de danse contemporaine japonaise Sankai Juku, dans sa célèbre pièce Unetsu. De très fortes images ponctuent en outre le spectacle, comme celle de cette femme en transes tournoyant indéfiniment sur elle-même comme une toupie, évoquant sans doute une tornade et ses effets dévastateurs, tant sur les esprits (folie) que dans la nature. Certains passages, bien que spectaculaires, semblent toutefois déplacés, voire absurdes, tel ce magistral  solo de claquettes qui vient là comme un cheveu dans la soupe et dont l’inopportunité casse le rythme et la magie du spectacle. De même, la prégnance des effets spéciaux qui, s’ils captent l’attention et fascinent, finissent par gommer le propos principal de l’œuvre. Dommage…

J.M. Gourreau

 

Sfumato / Rachid Ouramdane, Théâtre de la Ville, du 13 au 15 novembre 2012.

*scénographe allemand qui a longtemps travaillé avec Pina Bausch et auquel on doit entre autres les décors de Nelken (1982)Viktor (1986), Palermo Palermo (1989)Ein Trauerspiel (1994) ou, encore, de Der Fensterputzer (1997).

Rachid Ouramdane / Sfumato / Théâtre de la Ville / Novembre 2012

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