Rencontres chorégraphiques de Saint-Denis / Bobigny / Un renouveau nommé désir

 

  

Cinquanta Urlandi / T. Castelluci                                                                                                              La belle indifférence  / Gaelle Bourges

Ouverture des Rencontres chorégraphiques de Seine-St Denis :

 

 

 

 

Un renouveau nommé désir…

 

 

Très attendues, les Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine-Saint-Denis sont généralement l’occasion de pouvoir assister aux nouvelles avancées dans le domaine de l’art de Terpsichore. Anita Mathieu s’efforce en effet à chaque nouvelle édition de ce Festival de présenter la fine fleur de l’avant-gardisme dans ce domaine, qu’il s’agisse de réalisations françaises ou étrangères. Mais, comme nous venons de le voir à Bobigny, force est de constater que, depuis quelques années, la danse contemporaine a une fâcheuse tendance à se reposer sur ses lauriers, les avancées et innovations étant fort peu nombreuses, outre-Atlantique compris… Les tendances actuelles vont de plus en plus vers l’abstraction et le dépouillement ou vers une danse minimaliste : tel est le cas de la création de Myriam Gourfink, Choisir le moment de la morsure, sur une œuvre sonore étonnante de Kasper Toeplitz, assimilable à un vrombissement continu de turbine ou de moteur d’avion prêt à décoller. Sur ce bruitage, Myriam Gourfink a construit une sorte de tableau vivant tissant des relations entre trois personnages qui se mêlent et se fondent l’un dans l’autre comme dans un jeu de rubicube, en un mouvement perpétuel lent et continu qui, bien que ne débouchant sur rien de tangible, hypnotise et contraint le spectateur à voyager dans un monde dématérialisé.

La création surréaliste de l’italienne Teodora Castellucci, Cinquanta urlanti, quaranta ruggenti, sessanta stridenti est malheureusement très pauvre sur le plan chorégraphique. Elle a toutefois le mérite de surprendre par sa mise en scène, sorte de sabbat aux personnages inquiétants, habillés d’étranges costumes noir et blanc aux culottes bouffantes, et par la musique de Demetrio Castellucci, évoquant les tristement célèbres « quarantièmes rugissants » si redoutés des navigateurs traversant l’océan indien.

S’il nous faut également évoquer la pauvreté de la chorégraphie de La belle indifférence de Gaëlle Bourges, il faut dire aussi que l’idée était originale et ne manquait pas de piquant. Son propos en effet était d’établir un parallèle entre la peinture de quelques maîtres du nu, entre autres du Titien et de Manet, avec des femmes exposant lascivement leur anatomie comme les péripatéticiennes dans les vitrines d’Amsterdam… Mais que faire sur un tel propos sinon une chorégraphie lente et en voluptueuse, mettant en avant la plastique et la beauté des corps tout en tentant de faire naître le désir chez le spectateur ? Désir d’ailleurs exacerbé par l’écoute, en guise de musique, de textes érotiques puisés dans d’antiques récits d’histoire de l’art, qui n’avaient en fait pas d’autre but que d’aiguiser l’appétit sexuel du spectateur… Et, cependant, pas une once de vulgarité - à fortiori de pornographie - dans ce spectacle, certes un peu osé, mais qui fut fort apprécié par son public. Un pari gagné haut la main mais qui fut loin d’égaler la prodigieuse prestation d’Ikue Nakagawa et de Lorenzo de Angelis dans Libido Sciendi de Pascal Rambert, une œuvre ayant elle aussi pour thème la sexualité, mais débordant de tendresse et empreinte d’une ineffable pureté.

 

J.M. Gourreau

 

Choisir le moment de la morsure / Myriam Gourfink,

Cinquanta urlanti, quaranta ruggenti, sessanta stridenti / Teodora Castellucci,

La belle indifférence / Gaëlle Bourges,

M.C. 93 de Bobigny, du 7 au 9 Mai 2010.

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