Rihoko Sato / Izumi / Une grâce divine

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                          Ph. J. Couturier                                          Ph. Karas                                                                    Ph. J. Couturier

Rihoko Sato :

Une grâce divine

 

Rihoko satoSon nom vous est peut-être déjà connu, mais non en tant que chorégraphe. En effet, Rihoko Sato est, depuis presque vingt cinq ans, une interprète exceptionnelle des œuvres de Saburo Teshigawara, sa partenaire privilégiée et son assistante : on a pu la remarquer dans la quasi-totalité de ses pièces de groupe - une vingtaine - depuis Real-documents (1995) jusqu’à Sleeping water (2017), ainsi que dans ses duos avec Saburo, qu’il s’agisse d’Obsession (2009), d’Eclipse (2012), de Second Fall (2013), de Broken lights (2014), de Tristan et Isolde (2016) ou de The idiot (2016), mais surtout dans les deux soli qu’il a mis en scène pour elle, She en 2009 et Perfume en 2014. She, dont elle a réalisé la chorégraphie et que l’on a pu voir en mai 2014 dans ce même lieu, s’avère une œuvre emblématique des qualités de cette interprète, capable d'alterner des mouvements enchaînés à une vitesse étonnante avec d’autres d’une lenteur et d’une douceur lénifiantes. Sylvaine Van den Esch avait alors pu écrire à son propos : "Par une alchimie optique presque paradoxale, le corps de Rihoko Sato, matériau qui sculpte l’air et la lumière, atteint petit à petit une telle qualité d’énergie que, dans la même fraction de seconde, il affirme sa présence magistrale et se dissout sous nos yeux. À ce moment précis, toutes les matières (lumière, air, chair, couleurs...) présentes sur le plateau se conjuguent au service d’une fulgurance poétique hors du commun ".

Cependant, longtemps auparavant, bien avant de rencontrer Teshigawara, elle avait élaboré de petites chorégraphies pour un groupe de danse universitaire. Sa rencontre et son travail avec le chorégraphe japonais ont toutefois été déterminants. Son second spectacle, un solo sur les Vêpres de la vierge de Claudio Monteverdi avec l'ensemble vocal et instrumental "La Tempête" dirigé par Simon-Pierre Bestion est présenté le 26 août 2018 au Festival Berlioz, dans la Cour du Château Louis XI de la Côte-Saint-André, ce, dans le cadre des célébrations du 150ème anniversaire de la naissance de Paul Claudel. Une danse hypnotique en parfait accord avec la musique, qui remporta un succès immédiat.

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Izumi (La source), que nous propose aujourd’hui Rihoko Sato, s’inscrit dans la lignée de She. C’est à nouveau un solo intemporel sur des musiques de Tchaïkovski, de Bach et de Hildegarde von Bingen, qui pourrait être un autoportrait : Ce qu’elle semble incarner, c’est "l’eau d’une source qui coule sans arrêt, et dont les méandres, aux innombrables contours ondulants, dessinent progressivement une silhouette"… Une source issue de la fonte de flocons de neige dont l’eau ruisselle tout au long des branches d’un arbre, sous les premiers rayons du soleil… Une image suffisamment suggestive pour l'imaginer et la rêver sortir en chair de l’arbre aux premières lueurs de l’aube, lentement et précautionneusement d’abord, en laissant sourdre de son corps fluet une incommensurable émotion… Plus impétueusement par la suite, comme si le besoin de se lâcher, de se libérer, de prendre son essor pour partir à la conquête du grand monde l’oppressait. Les mouvements s’enchaînent alors dans des torsions, tours, spirales et rotations ahurissantes, autant au sol que dans l’espace, dans une gestuelle nerveuse ample et large mais souple et moelleuse, laquelle la débride, lui imprime une indicible sensation de bien être, de liberté et de bonheur. La musique s’empare alors de son corps, l’enserre, fusionne avec elle, le fait vibrer. Si sa fluidité, sa sensibilité la subliment, sa fulgurante technique subjugue. A l’inverse de She qui était issue de son énergie qu’elle transformait en danse, Izumi est un solo beaucoup plus intime, dans lequel elle parvient à exprimer des choses très profondes, des choses qui existaient en elle avant de donner naissance à des mots ou des mouvements, explique-t-elle. Une gestuelle signifiante, empreinte d’une ineffable fragilité, à l'image d'un long fleuve tranquille dont le cours, en traversant des gorges profondes aux parois abruptes et resserrées, se transforme en un torrent sauvage et impétueux, en parfaite communion avec la nature vierge et indomptée. Un indicible moment de bonheur que l’on aimerait indéfiniment prolonger. "Ô temps, suspends ton vol", aurait dit Lamartine…

J.M. Gourreau

Izumi / Rihoko Sato, Maison de la culture du Japon à Paris, 26 et 27 juin 2019, en collaboration avec le Centre National de la Danse, dans le cadre de "Camping 2019".

 

 

Rihoko Sato /Izumi / Maison de la culture du Japon / Juin 2019

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