Rites / Stephen Page et Le lac des cygnes / Graeme Murphy, Théâtre du Chatelet, Sept. – Oct. 2008

                                                                       The Swan Lake. Photo Jim Mac Farlane


The Australian Ballet :

 


 

 

Une compagnie trop méconnue

 


 

 

A la lecture du seul programme, le pire était à craindre. En effet, l’Australian Ballet, que l’on n’avait pas vu à Paris depuis 1965, présentait, dans son premier programme, une nouvelle version du  Sacre du printemps de Stravinsky, œuvre qui a inspiré plus d’une cinquantaine de chorégraphes, la plupart s’y étant cassé les dents ! Or son auteur, Stephen Page, l’élabora à partir d’une idée fort originale, celle de la créer avec deux compagnies en écho, l’Australian Ballet bien sûr mais aussi une troupe d’aborigènes, considérés il y a encore une vingtaine d’années comme des êtres totalement primitifs… Contrairement à nombre de ses prédécesseurs, le chorégraphe a cherché à exprimer non le rituel de la naissance à la mort mais les forces naturelles qui dessinent notre paysage, l’essence spirituelle des quatre éléments, le feu, le terre, l’air et l’eau.  Son étonnante chorégraphie, d’une très grande force, fit appel à un vocabulaire passant progressivement du primitivisme animal et instinctif à celui du classique dans toute sa pureté et sa complexité, voire même au langage contemporain. Ce que les membres du Bangarra Dance Theater apportèrent au chorégraphe, c’est une sorte de félinité inimitable, une réelle sincérité et, aussi, une très grande endurance. Car Stephen Page ne les a pas ménagés : cette œuvre, quasi sabbatique, est truffée de difficultés que l’on ne remarque pas toujours, envoûté par le très beau décor à transformation de Peter England qui plane au dessus des danseurs.

Mais la surprise nous vint du deuxième programme avec Le lac des cygnes de Graeme Murphy. Une véritable relecture, d’une originalité aussi grande que la Giselle de Mats Ek à laquelle on pense d’ailleurs car, s’il s’agit bien d’une histoire d’amour trahi dans les hautes sphères de la société, elle ne se situe pas à l’époque romantique mais dans les années cinquante. Plus de féerie mais un drame psychologique qui contraindra la fragile Odette à être soignée dans un sanatorium pour oublier les frasques de son époux volage. La vision de petits cygnes semble calmer son chagrin mais la vue de sa rivale déclenchera en elle de véritables crises de folie d’un réalisme saisissant. Le mérite n’en revient pas tant au chorégraphe qui a su trouver une gestuelle très suggestive, qu’à l’interprète, Madeleine Eastoe, totalement envoûtée par son personnage et d’une technicité fabuleuse. Le moindre de ses gestes de désespoir blessait irrémédiablement le spectateur impuissant, mal à l’aise dans son fauteuil et attendant le dénouement avec anxiété, sa disparition dans les sombres profondeurs du lac aux cygnes. Une version qui restera à jamais gravée en lettres d’or dans l’histoire de ce ballet.

 

                                                                                                                                     J.M. Gourreau

 

Rites / Stephen Page et Le lac des cygnes / Graeme Murphy, Théâtre du Chatelet, Sept. – Oct. 2008.

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