Robert Swinston / Paysages poétiques / Un vibrant hommage

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Photos Charlotte Audureau

Robert Swinston :

Un vibrant hommage

 

Henri Dutilleux s'est éteint il y a maintenant trois ans, à l'âge de 97 ans. Il en aurait eu 100 aujourd'hui. C'est à l'occasion du centième anniversaire de sa naissance que Robert Swinston, chorégraphe et directeur artistique du Centre National de Danse Contemporaine d'Angers (CNDC) et "cunninghamien" de la première heure, décida de rendre hommage à ce compositeur angevin, lequel s'était intéressé à différentes reprises à la danse: qu'il me suffise de citer Le loup, ballet ô combien légendaire, écrit pour Roland Petit en 1953.

Le projet prit corps il y a tout juste deux ans, à l'occasion d'une rencontre entre Robert Swinston et Pascal Rophé, qui venait d'être nommé à la tête de l'Orchestre National des Pays de la Loire. Ce dernier, très intéressé par la danse contemporaine, avait en effet eu l'occasion de diriger Le Sacre du printemps et il avait été fasciné par la prestation des danseurs. Si les pièces choisies pour rendre hommage à Dutilleux, Métaboles, Mystère de l'instant et le Concerto pour violon L'arbre des songes, œuvres emblématiques de ce compositeur, n'ont pas été écrites spécifiquement pour la danse, leur qualité harmonique, leur atmosphère, leur transparence, leur construction musicale s'y prêtent cependant aisément. La partition de Métaboles d'ailleurs avait déjà été utilisée par Kenneth MacMillan en novembre 1978 pour une commande éponyme de l'Opéra de Paris sur un livret inspiré de La ballade de la geôle de Reading d'Oscar Wilde. De même, Joseph Lazzini présenta à l'Odéon-Théâtre de l'Europe en novembre 1969 un triptyque chorégraphique réglé entre autres sur cette même partition et intitulé Métaboles, les autres, une saison en enfer, dans des décors de Calder et Bernard Daydé.

Sur le plan musical, Métaboles est une œuvre en cinq parties, chacune d'elles privilégiant une famille particulière d'instruments, les bois, les cordes, les percussions, les cuivres et l'orchestre tout entier dans la dernière. Comme son nom l'indique, une métabole est un changement dans l'ordre du phrasé, du rythme et de la mélodie. Or, en composant cette pièce, Dutilleux fit subir à sa ligne mélodique initiale une succession graduelle de métamorphoses, donc de métaboles, modifiant ainsi en profondeur sa structure originelle au fur et à mesure de son déroulement. La seconde partie de cette pièce naissait dès lors de la déformation de la précédente, et ainsi de suite jusqu'à la cinquième. C'est également le parti que prit Robert Swinston dans sa chorégraphie, ainsi que Patrick André dans sa vidéographie, des taches ou des coulées noires sur le fond blanc maculé de bleu du cyclo*, lesquelles tapissaient le fond du plateau, se modifiant tant au gré des impulsions musicales que des danseurs. Il était cependant difficile d'analyser cet état de fait en raison des nombreuses difficultés techniques, des enchainements de sauts en particulier, dont la chorégraphie était truffée.

 Les deux autres pièces, Mystère de l'instant et L'arbre des songes procédaient de la même veine, tout en étant plus sombres. Elles étaient également servies par une chorégraphie alambiquée, austère et acrobatique, un peu répétitive, ne reflétant pas toujours la richesse de la musique. Certes un dialogue avec la partition - magistralement interprétée par les musiciens de l'Orchestre National des Pays de la Loire, il faut le souligner - s'établissait mais il finissait par engendrer une certaine monotonie, atténuée toutefois par les vidéo-projections abstraites de Patrick André. Un ballet cependant servi dans un écrin merveilleux, la grande salle de la Philharmonie de Paris, et qui avait le mérite d'être interprété par d'excellents danseurs.

J.M. Gourreau

Paysages poétiques / Robert Swinston, Philharmonie de Paris, Cité de la musique, 24.10.16

* toile de fond de scène permettant de présenter ou de faire apparaître des images en surimpression.

 

Robert Swinston / Paysages poétiques / Cité de la musique / Octobre 2016

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