Robyn Orlin / At the same time... / De joyeux drilles

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Photos L. Philippe

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Photos C. Gwinner .

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.Robyn Orlin :

 

De joyeux drilles

 

Au Sénégal comme dans de nombreuses régions d'Afrique noire d'ailleurs, les contes et légendes rythment et nourrissent une grande partie de la vie quotidienne, à l'occasion notamment de certaines fêtes : la cérémonie du faux-lion, manifestation organisée à Dakar et dans plusieurs autres régions du Sénégal, à certaines occasions comme la fête de l’indépendance, la fête de la jeunesse et, aussi, à la veille des grandes vacances. Des hommes imitent le fauve avec un maquillage rouge et noir, des visages barrés de moustaches et un aspect terrifiant accompagné de rugissements terrorisant les enfants mais fascinant les adultes. A l’origine, le faux-lion est un rite de possession. Il remonte à l’époque où le Sénégal était couvert d’épaisses forêts peuplées d’animaux sauvages comme les lions, les hyènes et les chacals. On raconte que le chasseur qui avait survécu à l'attaque d'un lion devenait un personnage étrange. Choqué par sa rencontre, il perdait la tête, rugissait comme un lion et ne se nourrissait que de viande crue ; des poils lui poussaient sur le corps, le métamorphosant en lion. Pour le soigner, les guérisseurs procédaient alors à des rituels de « possession », tels qu’on les voit encore aujourd’hui dans les cas de possession par un esprit ancestral.

Ce rite est l'un des plus populaires aujourd'hui au Sénégal et, bien qu'il ne soit pas d'origine sud-africaine, il a conquis l'âme de Robyn Orlin qui s'est emparée pour l'occasion de la compagnie de Germaine Acogny, "Jant-Bi", le revisitant à sa façon pour son public européen. L’un des artistes de la troupe, déguisé en lion terrible et méchant, est entouré de « ses femmes », ou plutôt de ses compagnons déguisés en femme : les goor-jigeen (littéralement les hommes-femmes, en wolof). Les spectateurs qui souhaitent assister et participer au spectacle doivent évidemment s'acquitter d'un ticket. Mais, la fraude étant universelle, quelques petits malins vont se glisser parmi le public sans avoir acheté leur billet. Repérés grâce aux téléphones portables (qui ont également envahi l'Afrique noire presque aussi rapidement que l'Europe), le faux-lion et ses femmes vont tenter de les dénicher dans l’assistance, avec beaucoup de tact et d'attention pour les spectateurs qu'ils vont toutefois bousculer un tantinet : les malheureux fraudeurs sont alors malmenés en public, aspergés d’eau et tournés en ridicule, pas bien méchamment cependant, il faut le préciser !

L'adaptation à la française de ce rite par Robyn n'est donc pas banale, on aura pu s'en douter. Sur le plan scénographique déjà, le rideau s'ouvre sur trois stèles totémiques composées de bassines multicolores en plastique empilées les unes dans les autres et derrière lesquelles les danseurs vont pouvoir se dissimuler. Celles-ci ne vont toutefois pas rester bien longtemps dressées, abattues par de violents orages, effrayant autant les spectateurs que les rugissements du faux-lion. Leurs restes vont alors être utilisés tant comme tam-tam par les exécutants que comme traine pour le faux-lion. Bien sûr, Robyn va également se servir des derniers objets de la technologie moderne, entre autres des smartphones en liaison avec la chorégraphe et des mini-caméras avec lesquelles les danseurs vont se filmer et se mettre en valeur ou faire apparaître sur un écran les portraits de personnages avec lesquels ils ont eu, peu ou prou, maille à partir, tels Gérard Depardieu ou Marine Le Pen, qu'ils vont un tantinet ridiculiser verbalement, le premier pour "viande avariée" non comestible pour le bébé lion, et la seconde pour avoir "oublié" son passeport, alors qu'ils ont fait une ovation à Tintin... Les chansonniers ne sont pas bien loin ! Si les danseurs être ont pu être un tantinet étonnés de ce que leur demandait la chorégraphe, ils ont parfaitement assimilé ce qu'elle souhaitait réaliser et se sont montrés réellement époustouflants, tant dans l'interprétation de la pièce que dans son exécution, faisant preuve d'une perfection technique digne d'éloges, mise notamment en valeur à l'issue du spectacle dans une démonstration de hip-hop absolument ahurissante. Bref, un spectacle endiablé d'un bout à l'autre, mêlant danses traditionnelles, danse contemporaine et hip-hop avec beaucoup de bonheur.

J.M. Gourreau

At the same timewe were pointing a finger at you, we realized we were pointing three at ourselves... / Robyn Orlin, Théâtre de la Ville, du 25 au 29 mars 2015, et Centquatre, les 11 et 12 avril 2015.

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