Rocío Molina / Grito Pelao / A un enfant sans père

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Photos Lorenzo Carnero & Pablo Guidali

 

Rocío Molina :

A un enfant sans père…

 

On n’en attendait pas moins de cette artiste iconoclaste aux multiples facettes, désormais associée au Théâtre National de Chaillot: voilà une œuvre d’une force incommensurable et d’une créativité étonnante qui, à nouveau, bouleverse et dépoussière le flamenco traditionnel sans pour autant l’écorcher d’une once. Le désir de  maternité et la grossesse sont un douloureux cri du corps pour la majorité des femmes. Même pour les lesbiennes. Ce que traduit Grito Pelao, (Cri écorché), la dernière création de Rocío Molina qui nous révèle un nouveau pan de son histoire et de sa personnalité. Plusieurs chorégraphes féminines avaient déjà mis en scène ce thème et leur ressenti avec beaucoup de bonheur, ne serait-ce que Christine Bastin, laquelle, en avril 1991 dans Grâce, mettait en avant sa féminité mais surtout, la volupté, la félicité, l’immense joie de mettre au monde un enfant avant de pouvoir l’élever.

Rocío Molina quant à elle nous entraîne aussi sur les voies du désir de maternité, mais elle nous révèle en même temps qu’en tant que lesbienne, la vie n’est pas toujours rose. Elever seule son enfant, même lorsqu’il est ardemment désiré, n’est pas sans soulever de nombreuses difficultés, ne serait-ce que le souhait, la soif, le besoin même de partage que cette situation nouvelle peut engendrer. Sans oublier le fait que cet état génère dans son corps une sensibilité et une énergie différentes. Aujourd’hui Rocío Molina, qui a eu recours à la fécondation artificielle, est enceinte de plus de 6 mois. C’est un prodige de la voir encore danser avec un tel courage et une telle fougue, encadrée par sa mère, Lola Cruz et l'une de ses amies, l’extraordinaire cantatrice catalane Sílvia Pérez Cruz. Deux complices aussi étonnantes qu’indispensables les unes aux autres, dont le rôle est autant celui d’un partenaire et d’un soutien que d’un protecteur.

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Photos F. Korsekva

 

 

Il ressort de cette autobiographie qui prône avant tout la féminité, la liberté et l’amour de la vie un spectacle attachant, plein de verve et d’espoir. Laissant une grande part à l’improvisation, le zapatéado de Rocío s’avère toujours aussi sauvage que percutant et porteur d’une grande émotion, même si la chorégraphe semble s’être un peu assagie avec cet évènement. L’épure extrême de la mise en scène met non seulement en valeur les sublimes fresques abstraites bleues du cyclo de David Benito, lesquelles changent toutefois de couleur selon le déroulement de l’histoire, mais aussi la pureté des lignes du bassin dans lequel la chorégraphe-interprète, telle une naïade ingénue dans sa nudité, ira se plonger voluptueusement au cours de la dernière partie de la représentation. Il est d’ailleurs dommage que le spectacle ne s’arrêtât pas sur cette fort belle image, la dernière demi-heure n’apportant rien de plus au message que la chorégraphe brûlait de transmettre à son public.

J.M. Gourreau

Grito Pelao / Rocío Molina, Théâtre National de la danse Chaillot, du 9 au 11 Octobre 2018.

 

Rocío Molina / Grito Pelao / Théâtre de Chaillot / Octobre 2016

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