Roméo et Juliette / Jean-Christophe Maillot / Un Roméo et Juliette superbement relooké

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Photos Alice Blangero

Jean-Christophe Maillot :

Un Roméo et Juliette superbement relooké

 

C'est un bien merveilleux bijou dans un prestigieux écrin que nous a offert Jean-Christophe Maillot en présentant un Roméo et Juliette relooké et rafraîchi au cœur des jardins de l'Orangerie du Château de Versailles. Une relecture d'une très grande originalité qui, tout en conservant la trame initiale, tente, en mettant l'accent sur le personnage de Frère Laurent, de montrer l'inefficacité et l'inutilité des tentatives d'un homme d'église dans son entreprise de réconciliation de deux familles qui se vouent une haine mortelle. Un ballet qui, bien qu'ayant largement contribué à la réputation de ce chorégraphe de grand talent, n'avait encore jamais  été présenté en région parisienne.

Dans cette œuvre en effet, le rôle de Frère Laurent ne se limite pas seulement à celui de confesseur, voire d'entremetteur ou de conseiller des deux amants mais aussi et surtout de réconciliateur s'efforçant d'insuffler paix et sérénité au sein de ces deux clans ennemis, tout en restant dans l'ombre. Ce ballet s'avère en effet le prolongement d'une première mouture intitulée Juliette et Roméo qu'il avait réalisée en 1986 au Centre chorégraphique National de Tours sur une partition contemporaine de Michel Beuret. Si le rôle des femmes s'avérait déjà prépondérant, il l'est bien davantage dans cette pièce créée en 1996, mettant en avant les rôles de la nurse, de Lady Capulet, de Rosalinde et, bien sûr, de Juliette, mettant en outre l'accent sur le rôle de la femme dans la société. Ce qui ressort également de ce ballet fort enlevé, c'est ce climat d'insouciance et de liberté qui caractérise la jeunesse d'aujourd'hui, cette nécessité de se confronter aux autres, ce besoin plus que jamais de se faire valoir et d'affirmer sa supériorité. Le sentiment de haine qui, dans l'œuvre originale, opposait formellement les deux familles est ici estompé au profit de jeux plus ou moins innocents qui vont malgré tout conduire involontairement à une mort inéluctable. La chorégraphie est d'une inventivité étonnante, à l'égal cette fois de celle de la richesse de la partition de Prokofiev, renforçant l'expressivité de la gestuelle des interprètes, tous parfaitement installés dans leurs rôles respectifs. En outre, le chorégraphe a pris soin d'introduire le ralenti dans les scènes les plus intenses, leur conférant ainsi une expressivité maximale.

Mais l'attrait et l'intérêt de ce spectacle viennent aussi et surtout de l’élégance et de la sobriété des décors modulables d'Ernest Pignon-Ernest, aux lignes épurées parfaitement intégrées à ce cadre prestigieux des jardins de l'Orangerie et superbement éclairés par les lumières aux tons pastel de Dominique Drillot, conférant à l'œuvre une touche avant-gardiste qui lui sied parfaitement. Un Roméo et Juliette qui n'a pas pris une ride depuis sa création et qui incite à une réflexion sur l’amour et la fraternité.


J.M. Gourreau

Roméo et Juliette / Jean-Christophe Maillot, Jardins de l’Orangerie, Versailles, 23 et 24 juin 2013.

Roméo et Juliette / Jean-Christophe Maillot / Versailles / Juin 2015

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