Russell Maliphant / Le Projet Rodin /

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                                                                                              Photo Charlotte MacMillan

Russell Maliphant :

 

La beauté à l’état pur

 

Disons-le d’emblée : Le Projet Rodin est d’une beauté et d’une force incommensurables... Toute la science de Russell Maliphant a consisté non seulement à saisir l’esprit et l’essence de l’art du célèbre sculpteur mais, surtout, à les avoir évoqués de main de maître dans un style auquel on ne s’attendait absolument pas : le hip-hop. Et celui-ci s’est avéré une danse qui leur sied à merveille, les figures, la carrure et la beauté sculpturale de leurs performeurs étant parfaitement adaptées au génie du sculpteur. Rodin, on le sait, s’est toujours pris de passion pour l’art de Terpsichore et ses artisans, autant que pour les formes et les tableaux qui naissaient sous leurs pas. Et Maliphant de les lui avoir emboîtés : l’une de ses dernières œuvres, AfterLight, n’est-elle pas directement inspirée par Nijinski ?

Avec Le projet Rodin, Russell Maliphant ne faillit pas à sa réputation de chorégraphe d’Outre-Manche le plus doué de sa génération. Le ballet rend en effet parfaitement compte de l’émotion intérieure, de l’énergie et de la sensualité qui se dégagent de l’ensemble de l’œuvre du sculpteur, s’attachant toutefois plus particulièrement à certaines pièces comme Le Baiser, Le Faune ou Les portes de l’enfer. Cela fait en effet plus de 25 ans que le chorégraphe se passionne pour ses sculptures et qu’il songe à les mettre en mouvement. C’est désormais rêve réalisé, et ce, de la plus belle manière, ayant eu les moyens de construire un décor et une scénographie à la mesure de l’œuvre du maître.

Il est évidemment impossible de décrire en quelques mots la richesse et la puissance d’une danse édifiée à partir et autour du corps de danseurs rompus aux arts du hip hop et de la capoeira, danses dont l’exécution au ralenti sublime la grâce et la beauté intrinsèques des mouvements saisis au vol avant d’être figés dans le marbre. Danses qui redonnent vie aux modèles du sculpteur, idéalisant leur corps, les replaçant dans le climat et le contexte de leur création. Statues qui s’éveillent, s’animent et se fondent à nouveau dans la pierre pour l’éternité, avec grâce et sérénité. Et ce, d’autant qu’elles sont placées dans un splendide et majestueux univers de draperies ou de blocs de marbre qui, à l’instar d’un bijou dans son écrin, magnifient le travail du chorégraphe. Mais ce sont surtout les lumières de Michael Hulls qui, tantôt auréolent la pièce d’une atmosphère aussi fascinante qu’irréelle, tantôt en sculptent certains détails, les mains notamment, les mettant en valeur avec une précision d’orfèvre. Quant aux interprètes, leur maîtrise et leur science du ralenti sont réellement fabuleuses. Tout est juste et précis, cohérent, sans aucun faux pas. Composé de deux parties, l’une évoquant les dessins de Rodin, l’autre les sculptures, le ballet de Maliphant ressuscite l’âme de cet artiste avec un naturel et une inventivité étonnants, développant le mouvement jusqu’à ses limites les plus extrêmes pour en faire jaillir la force et l’animalité.

J.M. Gourreau

 

Le Projet Rodin / Russell Maliphant, Théâtre National de Chaillot, du 31 Janvier au 10 Février 2012.

Prochaines représentations : 14 Février 2012, Meudon la forêt ; 11 Avril 2012, Châlon-sur-Saône ; 11 Mai 2012, Sceaux.

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