Saburo Teshigawara / Dah-Dah-Sko-Dah-dah / Jardin d'éden

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Ph. J. Ishikawa

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Saburo Teshigawara :

Jardin d’éden

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Il est toujours difficile de faire une analyse objective des spectacles de Saburo Teshigawara car il n’y a généralement pas d’argument. Le spectateur n’a donc pas de guide, et sa perception du spectacle dépend bien évidemment outre de l’art du chorégraphe, de l’état dans lequel il se trouve au moment où il le perçoit, autrement dit de sa réceptivité. Par ailleurs, du fait des différences de cultures, il ne lui est pas toujours évident d’appréhender ce qui est exprimé par les danseurs. Or, à l’inverse d’un Cunningham, Teshigawara ne base pas ses spectacles sur le mouvement pur. Il ne les base pas non plus totalement sur la musique, à l’instar d’une chorégraphe comme Anna Teresa de Keersmaker. Ces deux composantes interviennent cependant en binôme car les variations qu’il propose sont toujours d’une très grande musicalité et d’une construction chorégraphique qui les rend généralement fort agréables au regard.

Beaucoup d’énigmes donc dans ce spectacle au sein duquel la danse prend toutefois une place prépondérante. Outre le fait que Teshigawara nous dise avoir été inspiré par un poème de Kenji Miyazawa* consacré à la danse kenbai et créé à l’origine en 1991 avant d’être retravaillé à Tokyo il y a deux ans, la seule autre piste qu’il nous donne a trait à la signification du titre de l’œuvre : « Dah-Dah-Sko-Dah-dah s’approche au plus près de la naissance du rythme et, donc, du son : les pulsations du cœur, le bruit du vent ou celui des grains de sable. D’où ce titre en forme d’onomatopée, référence au battement des tambours traditionnels ». Il est vrai que musique et bruitage tiennent une importance très grande dans le spectacle, symbolisant les éléments naturels, du premier souffle de la vie jusqu’à la tempête dévastatrice de fin du monde.

Le rideau se lève sur une rangée d’aquariums sphériques alignés en front de scène. Ils contiennent chacun un poisson rouge violemment éclairé par des spots de lumière crue, ce qui a pour effet de les émoustiller. Au Japon, cet animal est symbole de vie, de fécondité, de virilité pour les hommes mais aussi de richesse. Il peut également incarner le courage et la sérénité. Le fait que ces poissons soient enfermés à l’étroit signifie sans doute le désir de liberté et d’émancipation d’un peuple souvent confiné. Lorsque la lumière s’atténue, on distingue, côté cour, deux personnages côte à côte assis chacun sur un trône démesurément haut. L’un d’eux, une femme, porte un masque de chat… Que symbolise-t-elle ? Là encore, au Japon, les chats sont considérés comme des esprits sages et porteurs de chance. Le chorégraphe y a-t-il fait allusion ? Nul ne le saura jamais car ce personnage disparait mystérieusement très vite pour ne revenir brièvement qu’à la fin du spectacle.

Sur le plan purement visuel, si la chorégraphie semble un peu répétitive, Dah-Dah-Sko-Dah-dah est tout de même un spectacle fascinant, du fait de sa construction en diagonale, de sa chorégraphie rapide et électrisante et de l’esthétisme de ses lumières, d’ailleurs conçues par Teshigawara lui-même. Les danseurs, au sein desquels on retrouve le chorégraphe qui interviendra souvent en soliste, semblent pris dans une suite de mouvements de jambes frénétiques d’une célérité inouïe. C’est subjuguant mais on se demande bien dans quelle barque Teshigawara cherche à nous emmener.

J.M. Gourreau

* Kenji Miyazawa est un poète japonais né en 1896 à Hanamaki et mort en 1933. Emu par le sort de la paysannerie et des problèmes liés à l’agriculture dans sa patrie, il intègre l’Ecole Supérieure d’Agronomie de Morioka et y suit, outre des cours d'agriculture, des études de géologie, d’astronomie et de mathématiques. Ses travaux porteront sur la fertilité des sols et les engrais. Il démissionnera quelques années plus tard pour se consacrer exclusivement à l’écriture et à la littérature.

Dah-Dah-Sko-Dah-dah / Saburo Teshigawara, Théâtre National de Chaillot, du 13 au 16 mai 2014. 

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