Saburo Teshigawara / Landscape / Un monde de contrastes

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.Photos T. Yamaguchi

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Saburo Teshigawara :

Un monde de contrastes

 

Son style est inimitable. D’une musicalité extrême, Saburo Teshigawara étonne et étonnera toujours par sa vivacité étonnante, la rapidité de sa danse, sa gestuelle tarabiscotée, torturée, désarticulée. Sa dernière pièce en est un nouvel exemple. Landscape, qui vient d'être créée à Saint-Quentin en Yvelines et qui se rapproche de celle présentée le 18 octobre 2013 à Luxembourg*, est un duo pour lequel il a fait appel comme partenaire à son assistante Rihoko Sato, entrée dans sa compagnie, Karas, en 1996. Mais son originalité tient surtout au fait qu’il se soit également acoquiné au compositeur et pianiste virtuose luxembourgeois Francesco Tristano, aussi à l’aise dans le baroque et le classique que dans la techno, musiques sur lesquelles bien sûr va reposer la chorégraphie. D’où une œuvre toute en contrastes, très travaillée et d’une fascinante rigueur, élaborée sur des extraits des Variations Goldberg et du Clavier bien tempéré de Bach, ainsi que sur la partition de John Cage, In a landscape, d’où d’ailleurs le titre de la pièce. Un contraste musical que l’on penserait de prime abord violent mais qui, en fait, s’avère presque évident, révélant de nombreux points communs entre la musique baroque de Bach et la musique contemporaine, et dont la danse est le témoin. Constituée d’un lacis de soli en écho avec sa partenaire, Landscape est en fait un passionnant jeu de questions-réponses entre les deux danseurs, tous deux d’une sensibilité et d’une sensualité bien différentes dans l’abstraction, Rihoko Sato ayant fait sienne la technique de son maître mais se montrant lascive, plus sensuelle et plus féminine. Sa danse se révéla par instants évanescente et primesautière alors que celle de Teshigawara s’avérait peut-être plus ample, plus violente et plus puissante mais toujours en parfait accord avec l’esprit de la partition. Du fait de la profondeur des ténèbres qui régnait sur le plateau, les artistes - vêtus de noir et seulement éclairés par des spots - évoluant comme des ombres furtives, on pourrait croire l’œuvre austère. Or, elle ne l’était nullement, engageant le spectateur à voyager dans les partitions des différents compositeurs, Francesco Tristano compris. Et s’il m’apparût que la musique de Bach servit parfaitement la chorégraphie de Teshigawara, celle-ci fut également magnifiée par les partitions de Cage et de Tristano, empreintes d’une contemporanéité la mettant particulièrement en valeur. Un spectacle fascinant qui, malheureusement, n’a fait l’objet que d’une seule et unique représentation en France.

J.M. Gourreau

Landscape / Saburo Teshigawara, Théâtre de St-Quentin-en-Yvelines, 15 Octobre 2014.

* La pièce créée au Luxembourg différait notamment de celle-ci par l'absence de la partie sur Le clavier bien tempéré de Bach.

 

 

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