Saburo Teshigawara, Miroku, Théâtre de Chaillot

Saburo Teshigawara :

 

A la recherche de son âme

 

 

Il est seul, seul dans un univers zen totalement dépouillé, livré à lui-même. Enfermé entre quatre murs démesurément hauts, d’une parfaite unité, d’une parfaite platitude. Caressé par les lumières changeantes d’un monde qui, par moments, pourrait évoquer les profondeurs abyssales d’une fosse sous-marine. Un univers clos, en constante transformation, d’où il est impossible de s’échapper. Un univers au sein duquel lumières, sons et mouvements vont s’entrecroiser, s’interpénétrer et se répondre.

Rien d’autre que lui – et lui seul – ne peut retenir l’attention du spectateur. Vêtu de rouge et de noir, couleur du feu et des ténèbres, sa présence est une énigme. Très vite, le spectateur va comprendre que lumière et sons vont être les seuls maîtres du jeu. Ce sont leurs vibrations qui, en enveloppant le danseur, vont prendre possession de son corps, parcourir chacun de ses muscles, les contraindre à s’étirer, se contracter jusqu’à leurs limites les plus extrêmes. Il en résulte une danse aux mouvements anguleux, cassés, de plus en plus violente. Ces torsions, déhanchements et désarticulations font mal lorsqu’on les reçoit de plein fouet. Mais très vite, le calme succède à la tempête, et la sérénité envahit bientôt cet univers fantomatique que l’on peut à nouveau traverser, et duquel on peut ressortir sans une égratignure.

Teshigawara est coutumier de ce fait. Ses précédents solos, Bones in pages et Light behind light notamment, étaient de la même veine. Un même univers totalement nu, une même gestuelle, électrisante, violente et heurtée, pourtant étonnamment fluide, moelleuse et liée. Un corps en proie à des conflits contradictoires, en lutte permanente avec lui-même, en recherche constante d’un équilibre. C’est cette lutte qui fascine, qui contraint à réfléchir, qui donne un sens à la vie, à notre vie.

 

                                                                                                                    J.M.Gourreau

 

 

                                                                         Miroku - Photo Bengt Wanselius

 

Miroku / Saburo Teshigawara, Théâtre National de Chaillot, Oct. 2009.

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