Sankai Juku / Ushio Amagatsu / Kara Mi / Pour l'esthétisme

  Sankai Juku

 

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Photos Sankai Juku

 

 

 

Pour l’esthétisme

 

 

Il ne faudrait pas avoir vu les précédents spectacles d’Ushio Amagatsu pour pouvoir pleinement apprécier sa dernière création, Kara · Mi. Le chorégraphe en effet ne dévie pas d’une ligne le chemin qu’il s’était tracé depuis Des œufs debout par curiosité : même style chorégraphique, tout dans la lenteur et la retenue, même succession dans les tableaux, deux groupes précédant un solo pour lui-même, même ambiance chaude et lumineuse, dans les tons ocres et blancs, même fluidité dans les mouvements, plongeant les corps dans une sorte d’apesanteur, voire dans l’immensité aquatique… Il est vrai que c’est cela que l’on attend de ce chorégraphe, mais il est vrai aussi que cela finit par lasser un peu, d’autant que cette dernière pièce est totalement linéaire, tel un instant tranquille de vie, sans temps forts à aucun moment. Mais ses œuvres dégagent toujours une fascination indicible, hypnotique, un je ne sais quoi de calme, de lénifiant, et Kara · Mi n’échappe pas à la règle. Kara · Mi, en japonais, qui peut se traduire par « pulsation doublée », est en fait composé de deux mots qui se complètent et évoquent tous les deux le corps, le premier, plus physique, et le second, plus immatériel, incluant la notion d’âme. C’est peut-être aussi ce qu’évoquent ces panneaux de verre, paravents verticaux mobiles entre lesquels circulent les danseurs, dont le graphisme bleu et rouge fait penser à l’arbre vasculaire artériel et veineux de notre corps…

Amagatsu en effet auréole toujours ses œuvres d’un profond mystère, ne livrant jamais le fond de ses pensées, ni même le moindre élément permettant d’orienter le spectateur, ce qui fait que celui-ci peut laisser son imagination vagabonder à son aise. Et c’est peut-être mieux ainsi, chacun pouvant adapter son ressenti à sa propre philosophie. Kara · Mi est composé de 7 séquences, évoquant, à l’instar de ses autres œuvres, la vie. Si la première est sans équivoque, relatant les difficultés pour se mettre debout et, partant, les premiers pas dans la vie, le sens des autres s’avère toutefois plus difficile à saisir. Mais il semble que ce soit à nouveau un voyage au travers de notre corps, voire de notre âme, toutefois dépourvu de la magie que l’on pouvait trouver dans ses premières pièces. Quelques idées originales cependant mais par trop surexploitées, tel ce grouillement de corps entremêlés qui font allusion aux forces multidirectionnelles de la vie jaillissante, ou celle de ces doigts aux extrémités teintées de rouge qui frémissent au dernier tableau, évoquant la palpitation de l’âme, à l’instar des ailes d’un papillon avant son dernier envol.

 

J.M. Gourreau

 

Kara · Mi / Ushio Amagatsu, Théâtre de la Ville, Avril-Mai 2010.

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