Sasha Waltz / Continu / Théâtre de la Ville

Photo S. Bolesch

Sasha Waltz :

 

 

Une architecte de la danse

 

 

Les pièces de Sasha Waltz sont de prime abord souvent énigmatiques. Ne cherchez pas leur argument, il ne se laisse pas aisément déchiffrer. Laissez-vous au contraire séduire par leur architecture, la pureté et l’harmonie des lignes tracées par les danseurs dans l’espace. Continu n’échappe pas à cette règle. Ce qui attire l’œil de prime abord dans cette œuvre, c’est l’opposition des volumes et des masses des groupes d’interprètes dans un cadre bien défini et l’évolution structurelle de ces groupes qui se forment et se déforment dans un ordre non aléatoire mais précisément calculé, comme un devoir de géométrie spatiale. Ce n’est qu’après s’être rassasié de cette architecture et de cette esthétique que l’on pourra s’intéresser plus précisément à la force d’un geste ou à celle d'une expression qui interpelle. Une construction qui revient comme un leitmotiv sur des musiques qui passent comme un souffle, qui vont et viennent comme le flux et le reflux de l'eau de l'océan. Au sein de cette structure, les danseurs semblent des feuilles chassées par le vent qui tourbillonnent, se rassemblent en une masse compacte qui finit par se disloquer, les éléments extérieurs s’écartant les premiers de la masse pour reformer petit à petit un noyau bien structuré l’instant d’après. Et cette gestuelle empreinte tantôt de calme, tantôt de violence mais, surtout, d’inéluctabilité, fascine, berce, hypnotise. En un mouvement presque perpétuel.

Deux parties dans cette pièce, l’une noire, impulsive et empreinte d’une grande puissance et d’une certaine sauvagerie, l’autre blanche, plus éthérée, évoquant l’espoir. Dans la première, nappée d’une gamme de gris du plus bel effet, la chorégraphe s’est interrogée sur la position de l’individu par rapport au groupe, à son comportement face à ses congénères, aux forces d’attraction et de répulsion qui existent entre eux, ce qu’illustre d’ailleurs fort bien la partition un peu cataclysmique et contrastée de Varèse. La seconde voit le retour du calme, du dialogue, du partage, de l’harmonie. Ce n’est pas un hasard si les couples reviennent en force prenant le pas sur les groupes, si l’accent est mis sur les soli et pas de deux…

L’œuvre se terminera d’une façon tout à fait inattendue mais qui éclaire sur les intentions de Sasha Waltz qui a conçu cette œuvre comme le prolongement d’un travail chorégraphique réalisé pour l’inauguration du nouveau musée de Berlin de David Chipperfield et du MAXXI de Zaha Haddid à Rome : les danseurs imprimeront sur le tapis de sol d’une blancheur immaculée les arabesques de leur parcours en se servant de leurs orteils comme de pinceaux : il en naîtra chaque soir une toile du plus bel effet que ne renierait sans doute pas un Georges Mathieu…

 

J.M. Gourreau

Continu / Sasha Waltz, Théâtre de la Ville, Mai 2011

Commentaires (1)

1. casino en ligne francais (site web) 12/09/2011

J'aime ses performances. Danse - c'est le langage du corps.

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