Sébastien Lefrançois / Ficelle d'encre / Une bien belle aventure

Sébastien Lefrançois :

 

 

Une bien belle aventure

 
 

Connu avant tout comme hip-hoppeur, Sébastien Lefrançois aura pu surprendre le spectateur avec sa dernière création de, Ficelle d’encre. Car si le spectacle fait bien appel au hip-hop, celui-ci n’est pas prédominant, tant s’en faut. En fait, l’œuvre utilise de nombreuses disciplines artistiques, du cirque au mime en passant, entre autres, par la magie. Mais, curieusement, si le spectacle s’avère d’une grande richesse, bien lisible et fort agréable à regarder, il laisse une impression de trop peu, un arrière goût d’inachevé.

Le point de départ de ce projet était un travail sur l’écriture. S’il existe des centaines d’écritures, celle du chorégraphe ne passe bien sûr pas par les mots mais par le mouvement, le dessin du geste dans l’espace. D’où les deux idées maîtresses de l’œuvre, la ficelle, trace de l’écriture sur le papier, et les jeux d’ombres, leur faculté d’apparaître et de disparaître, de se déformer, de se transformer. La combinaison de ces deux éléments permet en effet de multiples modes d’expression, un langage qui peut devenir poésie une fois maîtrisé. D’autant que ce jeu permettait de faire apparaître leur structure, une sculpture génératrice de danse. La mise en œuvre de l’idée demanda plus de temps que de matériel, une simple nappe de papier amovible recouvrant la scène et quelques projecteurs judicieusement placés devant permettre de gérer à la fois les ombres chinoises, les apparitions et disparitions. Car le parti que prit le chrégraphe fut de travailler non sur le sens des mots ou leur poésie, comme l’aurait fait un Georges Appaix par exemple, mais de danser et jouer, de vivre avec eux, les avaler, les recracher, les modifier, les rattraper lorsqu’ils s’échappent trop vite… Les ombres étaient alors toutes indiquées pour donner vie et sens aux mots qui couraient sur la feuille de papier aux danseurs qui, en quelque sorte, étaient le porte-plume qui les faisait naître. Et puis, ne permettent-elles pas également le dédoublement de soi ? Elles aussi sont en contact avec les mots et nous révèlent sous un autre jour que celui sous lequel nous sommes réellement.

En fait, ce sont deux mondes parallèles que le chorégraphe a créés, deux mondes qui, bien que se côtoyant, ont du mal à s’interpénétrer mais qui, malgré tout, ont mené le spectateur vers l’imaginaire, le rêve. En utilisant en « live » le dessin d’animation avec lequel tout est permis, il a mis un masque corporel au théâtre. Sa ficelle, ses ombres chinoises ne sont finalement qu’un jeu, un terrain de liberté au sein duquel l’imagination peut vagabonder, une sorte d’outil livré avec son mode d’emploi que le spectateur doit lire avant de pouvoir l’utiliser et l’adapter à sa propre personnalité. Se frotter à la codification devient alors plaisir et non intellectualisme.

Un spectacle sortant donc des sentiers battus mais dont l’impact aurait pu être plus important encore si le chorégraphe n’avait pas utilisé une démarche certes fort louable mais qui lui a sans doute porté préjudice. En effet, c’est au cours d’un voyage au Maroc que Sébastien fait la rencontre, dans la banlieue de Rabat, de jeunes maghrébins non scolarisés, désœuvrés, qui esquissent quelques mouvements de danse pour passer le temps, à deux pas des bidonvilles qui les abritent. Certains d’entre eux semblent avoir un réel talent. Ses débuts lui reviennent en mémoire : n’était-il pas comme eux à la même époque ? Pourquoi ne pas leur proposer, s’ils n’ont pas les possibilités ou les facultés nécessaires pour être scolarisés, de faire un bout de chemin avec lui en dansant ? Petit à petit, l’idée fait son chemin et cinq d’entre eux auront la chance de danser en Europe avec les artistes de sa compagnie. Tout le travail sur le cinéma d’animation est néanmoins réalisé à Meknès. Ateliers, mini-stages se succèdent. Leurs progrès sont impressionnants. Mais il faut plus que quelques mois à des danseurs, qui n’étaient au départ que des amateurs, pour assimiler toutes les techniques utilisées par le chorégraphe, d’où cette impression de discontinuité, de non achèvement d’une idée qui aurait pu être poussée plus loin… Fort heureusement Sébastien a su lever le pied lorsque le terrain devenait glissant, pour garder un équilibre  en permanence, ce dont il faut le féliciter. 

J.M. Gourreau

 

 

Ficelle d’encre / Sébastien Lefrançois, Suresnes, Théâtre Jean Vilar, et Saint-Ouen, Espace 1789, Janvier 2010.

 

Commentaires (1)

1. pernot anne marie 15/10/2010

j'ai vu ce spectacle à l'espace malraux à joué-les-tours le 8 octobre ,c'est vraiment très beau , le propos est très fort :la traversée de la page ,les corps se mouvant sur la ficelle d'encre ,flirtant avec la page.c'est très touchant;je demande à revoir . bravo .
anne marie pernot

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