Serge Ambert / La fêlure du papillon

 

Photos J.M. Gourreau

Serge Ambert :

 

Voyage dans un autre monde

 

 

Il est là, planté au milieu de la scène, le regard hagard, l’air absent. Un geste presque instinctif semble le sortir de sa torpeur : il relève la tête, fixe un point vers l’infini et se fige à nouveau. Un peu plus loin, une femme, tout de rouge vêtue, le regarde avec tendresse ou compassion, impuissante. Qui est-elle ? Son amante, son âme, son double ? Elle le rejoint bientôt, l’enlace, se love contre lui, se coule en lui. Mais il se dérobe, comme s’il ne la voyait pas, comme si elle n’existait pas. Il chute, se tord, déchire ses vêtements, les éparpille, tente de se redresser mais roule sur lui-même et se recroqueville au sol, tétanisé. Elle tente de l’appeler, de faire ressurgir en lui quelques souvenirs. Mais rien n’y fait.

Il se réveille tout à coup, l’observe dans un rai de lumière, s’empare d’elle. Brutalement, comme si c’était sa chose, un trésor perdu. Sa joie illumine son visage. Il la serre fort, très fort, essaie de se l’approprier, de la faire entrer en lui. Sa gestuelle est nerveuse, saccadée, dissociée. Un emmêlement de corps qui roulent au sol, l’un sur l’autre, l’un dans l’autre. Des postures acrobatiques d’une force inouïe, invraisemblablement tordues.

Alors que rien ne le laissait prévoir, tout se fige. Son regard se perd à nouveau au loin, ses actes deviennent instinctifs, expectatifs, irréfléchis, et ses gestes, mécaniques. Des tremblements l’agitent. Son regard est fixe, tourné vers le ciel. Redescendra t’il un jour avec nous?

Cela fait longtemps que serge Ambert travaille avec des schizophrènes, tente de les comprendre, de leur faire retrouver, par l’intermédiaire de la danse, un semblant de vie normale. Ce qu’il exprime dans La fêlure du papillon, ce sont ces duels intérieurs qui habitent le malade, qui le hantent mais qui finissent par le laisser en paix. Cette confrontation infernale à l’Autre, aussi ; et, encore, ces multiples facettes qui sont en nous et qui nous animent, qui s’expriment parfois indépendamment de notre volonté, aux moments où nous nous y attendons le moins. L’œuvre est puissante, très émouvante, nous rappelant que, quelque part, il y a aussi des êtres qui souffrent, à l’insu de tous.

 

J.M. Gourreau

 

La fêlure du papillon / Serge Ambert, Théâtre du Lierre, Paris, Décembre 2009   

Prochain spectacle : 26 mars 2010n Choisy le Roi

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