Serge Ricci / Des arbres sur la banquise / L'instinct de survie

 Photo J.Ley

Serge Ricci :

 

 

 

 

L’instinct de survie

 

 

Les évènements tragiques d’Haïti sont là pour nous le rappeler : l’Homme n’est pas toujours prêt à s’adapter à un séisme qui balaye et anéantit toute forme de vie en une fraction de seconde. Sensibilisé par la destruction rapide, voire inéluctable, de ce qui nous reste encore de nature, Serge Ricci et Fabien Almakiewicz se sont interrogés sur nos façons de réagir, le temps que la Nature renaisse de ses cendres. La multiplicité et la multitude de réponses obtenues a engendré un spectacle hors du temps, d’une richesse peu commune, qui fait travailler l’imaginaire de son public.

C’est une image de désolation qui attend le spectateur à son entrée dans la salle, le cataclysme venant de se produire. Un arbre magnifique, en pleine fleur, gît, là, à l’horizontale au dessus de la scène, déraciné. Des traces de lutte contre les éléments déchaînés sont gravées dans son écorce ; des fragments de rochers, témoins de sa résistance, demeurent enserrés par ses racines. Pourtant, une poésie indicible en émane. A ses côtés, un petit groupe d’hommes en haillons qui vont et viennent. En tous sens, indifférents, désemparés. Des rescapés sans doute, des survivants sûrement. Quelques notes du premier concerto pour violon en la mineur de Bach se veulent apaisantes, les enjoignant à réagir. Ils se regroupent, endossent les uns sur les autres quelques vêtements épars, tentent de remettre un peu d’ordre dans ce chaos, de recueillir ce qui peut encore leur être utile. Leur danse est nerveuse, saccadée, désordonnée. Couvrant des bruits de chantier qui résonnent au loin, des hurlements de loups se font entendre. De plus en plus près, de plus en plus forts. Inquiétants.

L’Homme use de la conque pour signaler sa présence. Une chaîne de solidarité se forme. Mais ces êtres fragiles et démunis s’avèrent bien vite incapables de tenir un langage commun. Chez certains, la raison s’égare, le découragement en rattrape d’autres. Le spectre de la mort traverse la scène. Chacun se raccroche à ce qu’il peut ou retrouve : une poupée, des chaussures, un pan de vêtement, un morceau de statue. Tous ces petits riens seront choyés, exposés. Les vestiges deviennent trophée. La vie va bientôt reprendre le dessus et l’Homme retrouver ses esprits. L’œuvre se termine sur le baiser d’un couple qui se forme, émouvant signe d’un retour à l’équilibre et à la vie.

 

J.M. Gourreau

 

Des arbres sur la banquise / Serge Ricci et Fabien Almakiewicz, Théâtre Paris-Villette, Janvier 2010. Dans le cadre de « Faits d’hiver ».

Spectacle créé aux Rencontres chorégraphiques internationales de Seine St Denis en Mai 2009.

 

Prochaines représentations : Forum, scène conventionnée du Blanc – Mesnil, Octobre 2010.

La compagnie est en résidence pour 3 ans au Théâtre Paris Villette depuis janvier 2010.

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