Seydou Boro au C.N.D. / Concert d'un homme décousu

Seydou Boro :

 

Invitation à la danse

 

Il n’est pas inintéressant – et j’irai même jusqu’à dire que c’est fort instructif – de voir la manière dont la Danse s’empare du corps de Seydou Boro mais, plus encore, de la manière dont celui-ci fait naître le désir de la danse chez le spectateur.

C’est de la pénombre qu’il sort comme un chat aux aguets, s’avançant tout doucement, scrutant prudemment le moindre détail, l’oreille attentive au moindre son inhabituel. Rassuré, il se met à explorer furtivement l’espace. Surgissent alors d’on ne sait où trois musiciens qui ébauchent eux aussi quelques pas d’une danse typiquement animale avant de s’emparer de leurs instruments et de faire naître une musique obsédante, de plus en plus intense, de plus en plus pressante, de plus en plus rythmée… Notes et sons enveloppent alors le corps du danseur, le pénètrent, en prennent peu à peu possession. Dès lors, ils dirigeront ce corps, lui imprimant tantôt du bien-être, tantôt de la souffrance. Mouvements et sons ne font plus qu’un, alors que la danse, devenue viscérale, se fait plus puissante, plus complexe, plus heurtée. Agité de soubresauts, le corps se tord, laisse exhaler un cri, des cris. La danse devient transe, stimulant les musiciens. Sa violence, son intensité auront bientôt raison du corps de Seydou qui faiblit, s’affaissant lentement d’épuisement. Le silence s’établit. Le chaînon cassé sera bientôt réparé dans un touchant élan de solidarité, les musiciens se penchant sur le corps du danseur pour le panser. Et, peu à peu, la danse renaîtra de ses cendres, lancinante au début, mais rapidement de plus en plus vive, de plus en plus obsédante, contraignant inexorablement les spectateurs à descendre dans l’arène pour faire corps avec le danseur.

 

J.M. Gourreau

 

Concert d’un homme décousu / Seydou Boro, Centre National de la Danse, Pantin, Novembre 2009.

Photos J.M. Gourreau

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