Sidi Larbi Cherkaoui / Babel / La Villette

  Sidi Larbi Cherkaoui et Damien Jalet :

 

Turpitude et sagesse

 

 

Photos Koen Broos

Dernier volet d’un triptyque consacré aux rapports de l’Homme avec le divin, Babel (words) évoque la difficulté des relations entre les peuples quant à l’appropriation de la terre nourricière, du fait des barrières créées tant par la cupidité que par les langues. Et pourtant, nous rappellent le chorégraphe flamand Sidi Larbi Cherkaoui et son complice Damien Jalet, le problème ne se posait pas lors de l’apparition de l’Homme sur terre, la communication entre les peuples s’étant naturellement établie par le langage des signes. Mais il apparût bien vite que la cohabitation des différentes ethnies fut génératrices de tensions, conflits et blessures, lesquels conduisirent au chaos, comme le décrit avec beaucoup de caractère ce troisième volet qui se situe au cours de l’édification de la tour de Babel, peu avant la colère de Dieu.

Dans cette pièce créée à Bruxelles en mai 2010, on retrouve les héros des deux premiers volets, Foi, huis clos dans lequel se trouvent des personnages entourés d’« anges et de démons manipulateurs », et Myth qui révèle les travers de l’Homme, ses frustrations, ses combats, ses exactions et actes de violence…

Une extraordinaire unité de langage unit  ces trois œuvres, révélant le style du chorégraphe : une danse fortement signifiante, même si elle peut parfois paraître un peu violente, une utilisation similaire de la voix chantée ou déclamée comme support de l’action, une scénographie d’une richesse extrême, subdivisant le spectacle et le plaçant à différents niveaux sur le plateau, en « disséquant l’espace. » D’où la difficulté de saisir toutes les nuances de la production, un foisonnement d’images nous étant offert simultanément tous azimuts. Mais ce propos donne la possibilité au chorégraphe de mettre en scène des instants d’une tendresse infinie côtoyant des luttes intestines fratricides. Si de multiples dialectes sont représentés, toutes les classes de la société le sont également, engendrant parfois incompréhension, rixes et chaos. Toutefois, la quête de l’harmonie montrera à l’Homme que la solution à ses problèmes lui sera apportée à la fois par le respect des autres et par le travail, lequel ouvrira petit à petit toutes les barrières, renversant de ce fait la tour de Babel.

Cette pièce, qui fait appel à la quasi-totalité des arts de la scène - musique, danse, théâtre, cirque, chant - réunit aussi des artistes de nombreuses nationalités - belges, marocains, sud-africains, philippins, australiens et canadiens, - ce qui la rend d’autant plus attachante et pertinente. Mais trop, c’est trop et, malgré l’originalité de sa gestuelle, malgré l’humour dont elle est enrobée, elle ne convainc pas totalement. Elle a cependant le mérite de ses autres œuvres, celui de nous embarquer dans un voyage prenant, empreint de sensations fortes, kaléidoscope d’images qui nous étreignent et nous enveloppent, nous amenant à réfléchir sur notre destinée : la force et l’harmonie naissent de l’amour et de l’unité entre les hommes. 

 

J.M. Gourreau

 

Babel (words) / Sidi Larbi Cherkaoui, Grande halle de la Villette, Juillet 2010.

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