Sidi Larbi Cherkaoui / 生长genesis / Fragments autobiographiques

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Photos AAP / K. Broos

Sidi Larbi Cherkaoui :

Fragments autobiographiques

 

D'où venons-nous, où allons-nous ? Une question existentielle que l'on retrouve ça et là dans l'œuvre de Sidi Larbi Cherkaoui qui fut contraint de passer une grande partie de son enfance à l'hôpital, attaché sur un lit, entre les mains d'un corps médical plus ou moins chevronné, s'interrogeant sur la pathologie qui l'étreignait. Il est vrai par ailleurs que nous naissons souvent à l'hôpital, nous y mourrons souvent aussi. Une loi immuable, la même pour tous, entre autres pour les thérapeutes lorsqu'ils quittent leur blouse blanche après avoir erré la journée entière dans ces lieux aseptisés. Ce qui explique la présence sur scène dès le lever du rideau et durant quasiment toute la durée de la représentation, de ces hommes en blouse blanche, gantés de vinyle et portant un masque chirurgical : médecins et infirmiers deshumanisés qui, tantôt endossent leur tenue pour exercer leur art, tantôt la quittent pour redevenir de simples humains à la merci des lois de la nature et de celles des hommes. Les deux idéogrammes, , qui précèdent le mot "genesis" (genèse) du titre, signifient quant à eux naissance et croissance. Dès lors, on saisit mieux le sens de la nouvelle pièce de ce chorégraphe atypique qui a réuni pour la circonstance des musiciens des quatre coins du monde et des danseurs de deux compagnies, la sienne et celle de la célèbre danseuse et chorégraphe chinoise Yabin Wang, connue en France pour son époustouflante interprétation de la danse des tambours dans le film de Zhang Yimou, Le secret des poignards volants.

Créée le 14 novembre 2013 au National Center for performing arts à Beijing (Pékin pour les occidentaux) et donnée pour la première fois en Europe à Anvers le 17 janvier de cette année, genesis est toutefois une œuvre alambiquée et confuse, mêlant et confrontant la philosophie de deux cultures et civilisations diamétralement opposées, celle de l'Orient et celle de l'Occident. Plusieurs idées émergent cependant de la pièce, entre autres celle que la mort n'a pas la même signification et n'est sans doute pas une fin en soi pour les orientaux et, par ailleurs, la notion que les médecines chinoise et occidentale ne font pas appel aux mêmes concepts. A ce titre, l'image des passes magnétiques exercées par les médecins chinois sur Tsuki, ce japonais à l'état de cadavre, pour le faire revenir à la vie en lui ôtant son mal sont saisissantes, voire même angoissantes pour un occidental. Les décors, sortes de cages de verre amovibles qui symbolisent à la fois l'univers hospitalier et l'enfermement que confèrent la solitude et l'état de malade, auréolent l'univers d'une atmosphère aussi étrange qu'irréelle.

Se dégagent par ailleurs de cette œuvre d'autres éléments, le fait notamment que l'Homme se détruise, lui et son entourage, en dévastant la nature qui l'héberge et dans laquelle il vit ; et, aussi, l'oppression que subit la femme chinoise, systématiquement rabaissée par l'homme à un rang inférieur. Concepts qui donnent cependant lieu à des tableaux et variations chorégraphiques d'une beauté plastique, d'une sensualité et d'une force peu communes, pour les danseuses notamment : je pense entre autres aux cambrés en arrière, cheveux dénoués, et à la préciosité tout à fait asiatique des interprètes. Ils sont de plus servis par une musique fort originale de tambours indiens et de guitares congolaises, et par la voix envoûtante d’un étonnant chanteur congolais, Kaspy N’dia. Sur le plan chorégraphique, genesis, une pièce mi-chinoise, mi-occidentale, s'avère à la hauteur des précédentes œuvres de Cherkaoui, d'une richesse aussi grande que son inventivité, qui se termine sur une fort belle image mettant en valeur l’éclat d’une boule de cristal, symbole de la beauté de notre univers.

J.M. Gourreau

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genesis / Sidi Larbi Cherkaoui, Grande Halle de la Villette, du 1er au 5 décembre 2014.

Sidi Larbi Cherkaoui / 生长genesis / La Villette Paris / Décembre 2014

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