Sidi Larbi Cherkaoui / Milonga / Apologie du tango

Photos Tristram Kenton


Sidi Larbi Cherkaoui :


Apologie du tango

 

On ne pourra reprocher à Sidi Larbi Cherkaoui de s'enfermer dans un système : il surgit toujours là où on l'attendait le moins, avec souvent beaucoup de bonheur. Il a presque touché à tout, du hip hop à la danse tibétaine, en passant par le kathak et, bien sûr, par la danse contemporaine. Ses spectacles sont toujours léchés, esthétiquement fort beaux et, sur le strict plan chorégraphique, ils s'avèrent très généralement d'un haut niveau. Or, il n'est pas toujours aisé de maintenir la barre au zénith !

Avec Milonga, ce chorégraphe se réattaque avec bonheur au tango, discipline chorégraphique bien particulière dont il a aujourd'hui parfaitement assimilé le style, après six séjours passés à Buenos-Aires pour se perfectionner et au cours desquels il a assidûment fréquenté les milongas, ces soirées données dans certains bars de la capitale où l'on danse le tango. Ce n'est cependant pas la première fois qu'il y fait appel dans ses œuvres : il y avait notamment eu recours dans Tempus fugit, créé en Avignon en 2004. Pour lui, le tango est une des plus belles danses du monde du fait de sa sensualité, de son ressenti vis-à-vis de son ou sa partenaire. C'est une sorte de conversation dans le silence, l'étreinte remplaçant la parole.

Milonga n’est cependant pas un spectacle de tango ordinaire, Sidi Larbi Cherkaoui s’étant mis en devoir de lui insuffler une petite note contemporaine. Sur les six couples en lice, cinq sont des argentins de pure race, mais le sixième est un couple de danseurs contemporains. Et si la représentation reste une exploration fascinante du tango mettant en valeur la souplesse, la technicité, la virtuosité éblouissante et, même, l’humour des interprètes, les codes n’ont cependant pas toujours été respectés pour autant, ce qui n’est d’ailleurs pas un mal ! Ainsi peut-on découvrir au cours du spectacle deux danseurs dos à dos, un homme avec deux partenaires du sexe opposé ou bien trois danseuses ensemble ! Le chorégraphe a également pris une certaine liberté avec la gestuelle habituelle, analysant puis décomposant certaines figures traditionnelles pour les réarranger à sa manière. Il en est né une danse d’une fluidité extraordinaire, peut-être aussi plus sensuelle, en tous les cas assez éloignée des clichés que l’on a l’habitude de voir, d’autant qu’ils ont été replacés dans le cadre local par le truchement de vidéos filmées dans les rues et faubourgs de Buenos-Aires en guise d’intermèdes ou, carrément, comme décor. Trouvaille également que celle d’avoir fait appel au cinéma pour démultiplier ses personnages, ou celle d’avoir utilisé des figurines de carton animées grandeur nature, silhouettes qui confèrent une autre dimension à l’œuvre. La présence de cinq musiciens en live côté jardin apporte, inutile de le préciser, un côté chaleureux qui renforce l’atmosphère créée par les danseurs.

Un petit bémol cependant, la durée du spectacle avoisinant 1h30, ce qui rend sa fin un peu monotone.  C’est toutefois un spectacle de grande qualité qui est à recommander tout particulièrement à ceux qui pourraient voir naître des problèmes relationnels dans leur couple : Milonga est une œuvre où la danse est complicité, sensualité, passion, amour et paix...

J.M. Gourreau

Milonga / Sidi Larbi Cherkaoui, Grande Halle de la Villette, du 27 novembre au 7 décembre 2013.

Sidi Larbi Cherkaoui / Milonga / La Villette / Novembre-Décembre 2013

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