Sidi Larbi Cherkaoui / Noetic / Les danseurs de la Göteborgsoperans Danskompani seraient-ils atteints par la maladie de Parkinson?

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Photos Bengt Wanselius

Sidi Larbi Cherkaoui:

Les danseurs de la Göteborgsoperans Danskompani seraient-ils atteints par la maladie de Parkinson?

 

On attendait l'excellence. On eut le pire... On aurait d'ailleurs pu s'en douter dès la lecture des premières lignes des textes énoncés dans le spectacle. Il y est en effet question de révélations qu’aurait eues l’astronaute Edgar Dean Mitchell en 1971 lors de sa sortie dans l’espace lunaire, révélations qui l’auraient conduit à une sensation de connaissance universelle, laquelle serait à l’origine de ce ballet… Suit l’énoncé des textes de Randy Powell et de Jason Silva qui seront déclamés au cours du spectacle : des phrases quasi-incompréhensibles par le commun des mortels, d'une prétention incommensurable... Et que l'on ne peut aucunement, lorsqu'on parvient à en saisir le sens, rapporter à ce qui se passe sur scène, ce d'autant qu'elles sont déclinées en anglais ! Comme si tout le monde était familiarisé avec les subtilités de la langue de Shakespeare...

Que nous a t'il donc été donné à voir ? Des danseurs en costume de ville noir, les hommes en chemise blanche et cravate, les femmes en robe noire – malencontreusement affublées de genouillères noires du plus mauvais goût – dans une chorégraphie glacée, abstraite, sophistiquée et confuse, surtout celle des ensembles, en partie au sol. Des soli acrobatiques et tarabiscotés, très géométriques, désarticulant leurs interprètes, des va-et-vient de danseurs dépourvus de toute humanité s’appliquant cependant à construire harmonieusement, à l’aide de barres en fibre de carbone, des figures mathématiques précises et rigoureuses, tantôt au sol, tantôt dans l’espace, de façon à former, une fois réunies, des arceaux, une tonnelle ou une sphère dans laquelle les protagonistes de l’œuvre vont évoluer ou se lover. Le tout dans une immense cage parallélépipédique gris clair du plus bel effet sur une musique fort agréable souvent planante de Szymon Brzóska, interprétée pour partie en live par l’étonnant musicien polyinstrumentiste Shogo Yoshii. Mais s’il y a parfois d’harmonieuses variations d’essence classique fort agréables à l’œil, il y en a malheureusement aussi de beaucoup moins élégantes, tels ces tremblements communicatifs évoquant des sujets électrisés ou atteints de la maladie de Parkinson...

Cela étant dit, les 19 danseurs de la plus importante compagnie chorégraphique d’Europe du Nord – elle en comporte 38 de 17 nationalités différentes – et dont la particularité est de ne travailler que sur des pièces originales, s’avère une troupe remarquable, tant par sa technique que sa musicalité et son enthousiasme. Il est dommage d’avoir eu à l’admirer dans de telles conditions.

J.M. Gourreau

Noetic / Sidi Larbi Cherkaoui, Grande Halle de La Villette, du 1er au 4 juin 2016.

 

Sidi Larbi Cherkaoui / Noetic / La Villette / Juin 2016

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