Sidi Larbi Cherkaoui / TeZukA / Une belle leçon d'histoire

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 Photos C. Raynaud de Lage

Sidi Larbi Cherkaoui :

 

Une belle leçon d’histoire

 

 

L’accident de Fukushima et le tsunami qui s’en suivit est resté gravé dans toutes les mémoires. Un accident que l’on aurait pu croire irréaliste. Lorsqu’il survint en mars 2011, Sidi Larbi Cherkaoui, passionné par l’univers des mangas, se trouvait précisément à Tokyo en train de préparer son futur spectacle, un hommage à Osamu Tezuka, le père et l’un des grands maîtres de cet art, décédé en 1989. L’évocation de cette tragédie ne pouvait de toute évidence qu’être intégrée au spectacle, à défaut de ne pouvoir en être la trame. D’où une œuvre un peu surréaliste, voire visionnaire, qui sied parfaitement bien  à un sujet de manga, d’un côté celui de la vie trouble et tumultueuse de Tezuka qui avait déjà vécu Hiroshima et les affres de la guerre dans toute son horreur, de l’autre les conséquences d’un tsunami dévastateur ayant affecté en même temps que sa famille, bon nombre de japonais.

C’est donc à un voyage très étrange que nous convie Sidi Larbi Cherkaoui dans un univers onirique entre rêve, fiction et réalité, au sein duquel le chorégraphe met en avant le courage extraordinaire du peuple japonais, pétri de résignation et de fatalisme face à l’adversité. La première partie de l’œuvre transporte  le spectateur dans le monde  d’Osamu Tezuka, plus précisément celui de ses premiers mangas, ceux qui ont tant séduit le chorégraphe lorsqu’il était enfant, à l’image de celui qu’il représente d’ailleurs allongé sur le devant de la scène, feuilletant un manga  du bout de ses orteils… C’est alors au tour du spectateur de faire un bond dans l’insondable univers de ce philosophe humaniste, s’immisçant entre les cases au fil des pages et qui dévoilent l’un de ses héros, Astro boy, ce gamin « atomique » aux boots rouges et aux grands yeux noirs à la Bambi, apparu sur le papier en 1963. Petit à petit, l’univers se diversifie et permet de découvrir les diverses facettes de ce prolifique dessinateur fasciné par le monde de Walt Disney – n’a t’il pas produit plus de 700 albums pour un total de près de 150 000 pages – par le truchement de multiples "faiseurs de rêve", treize danseurs dont deux hip-hopeurs, deux moines chinois du temple Shaolin et un circassien bien sûr, mais aussi trois prodigieux musiciens-chanteurs, un calligraphe en la personne de maître Suzuki,  un vidéaste officiant lui aussi en direct et un comédien récitant, l’ami de longue date et conseiller du chorégraphe, Damien Jalet.

Avec une telle matière, un tel foisonnement d’idées, de tels interprètes, il était difficile pour le biographe de Tezuka de se limiter à l’essence de son propos, travers que Cherkaoui n’a malheureusement pas su totalement surmonter, ce qui a engendré un spectacle à plusieurs niveaux de lecture mais trop dense, se concluant par une perte substantielle d’information, surtout dans la première partie. La seconde en revanche s’avère plus lisible, plus chaleureuse aussi, marquée par l’optimisme la sérénité et l’espoir sans faille dont le peuple japonais est empreint. Le parallèle entre danse et manga est plus évident, les interactions entre vidéaste, musiciens et danseurs plus prégnantes. Le  fatalisme qui est l’apanage de la première partie fait place à un farouche instinct de survie. On apprend alors que Tezuka se destinait à la médecine avant de s’envoler vers la galaxie des mangas et qu’il avait réalisé, au travers d’une thèse de médecine, des travaux sur diverses bactéries qui l’amenaient à penser que certaines d’entre elles pourraient être utilisées pour assainir les zones irradiées... 

C’est donc par une belle lueur d’espoir que se conclut ce spectacle pluridisciplinaire d’une très grande richesse, d’une force et d’une humanité étonnantes mais qui, toutefois, aurait gagné à être légèrement épuré.

J.M. Gourreau

 

TeZukA / Sidi Larbi Cherkaoui, Grande halle de la Villette, du 9 au 19 mai 2012.

Sidi Larbi Cherkaoui / TeZukA / La Villette / Mai 2012

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