Slat / Maki Watanabe, Centre culturel irlandais, Paris, Novembre 2008.

Maki Watanabe :

Possession

  

Le butô est un art qui se prête bien à la traduction des sentiments de l’âme humaine, particulièrement lorsqu’ils sont issus de la souffrance. Maki Watanabe est désormais passée maître dans l’expression de cet art qui exige un don de soi et un engagement total, jusqu’à son identification au personnage mis en scène.

Slat est né de l’évocation par le psychanalyste Bruno Bettelheim de ces deux enfants indiens, Amala et Kamala, élevés par des loups et retrouvés par le Révérend Singh qui tenta de les ramener à la civilisation et de leur apprendre notre langage. D’autres exemples littéraires ont également inspiré Trevor Knight, le musicien concepteur de cette œuvre, en particulier L’énigme de Kaspar Hauser de Werner Herzog, Quad de Samuel Beckett et, surtout, le film L’enfant sauvage de François Truffaut. C’est la souffrance de ces enfants arrachés de l’univers dans lequel ils ont toujours vécu pour être brutalement contraints à vivre dans notre monde que les auteurs de cette œuvre musicale et chorégraphique poignante, Trevor Knight, Paul Keogan, Alice Maher, Gyohei Zaitsu et Maki Watanabe surtout, ont mis en scène et exprimé avec un réalisme et une force peu communs. Evoquer par le geste les attitudes et réactions de ces enfants évoluant à quatre pattes et incapables de s’intégrer à la société humaine est certes déjà un spectacle en soi mais l’art du butô permet d’exprimer avec une très grande force leurs sentiments, de mettre en scène leurs instincts qui, inévitablement,  ressurgissent et qu’ils ne peuvent maîtriser. C’était précisément là l’art de Maki Watanabe : à travers sa gestuelle mais, surtout, de l’expression de son visage émanait une douleur très vite insoutenable pour le spectateur, d’autant que le metteur en scène avait placé l’enfant qu’elle incarnait dans une sorte de fosse d’où elle ne pouvait s’échapper, les spectateurs-témoins étant disposés tout autour sur un promenoir situé à 4 mètres de hauteur… A quelques moments cependant, l’enfant sauvage parvenait à leur hauteur, tout près d’eux : c’était alors terrible de voir son visage crispé par la douleur, de devoir partager son désarroi, d’être les témoins impuissants de sa solitude, de son incompréhension, de son infortune, de son abandon, de cette sorte de folie qui le gagnait peu à peu. Quelques lueurs d’espoir toutefois au cours de ce spectacle, tel ce jeu de l’enfant avec l’eau, élément purificateur et rédempteur tout à la fois mais bien vite oublié par l’évocation obsédante de sa condition qui nous rendait coupables, nous empêchant de ressortir de la salle l’esprit serein.

                                                                                                                                                                 J.M. Gourreau

 

                                                                     Maki Watanabe dans Slat - Ph. J.M. Gourreau                                                                                      

Slat / Maki Watanabe, Centre culturel irlandais, Paris, Novembre 2008.

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