Stefano Taiuti / Il corpo fisico / L'instinct de survie / Vanves

 Stefano Taiuti :

 

L’instinct de survie

 

 

Lorsqu’ il survient chez un danseur, à fortiori chez un chorégraphe, l’accident est l’évènement le plus dramatique qui puisse se produire. Pour la simple raison que le véritable langage de cet artiste passe avant tout par le mouvement, alors que le nôtre passe par la parole. Et si un  hasard malheureux l’en prive, il doit alors tout réapprendre. Pour Stefano Taiuti, c’est un accident corporel qui l’a conduit pour plusieurs semaines à l’hôpital. Temps durant lequel son être prit de la distance avec son corps, temps au cours duquel il dut mettre en balance le passé et l’avenir.                                                                                                                                                 Photo J.M. Gourreau

Ces instants où l’on est meurtri au plus profond de ses chairs, où le corps lutte pour survivre, où tout peut basculer d’un instant à l’autre, on éprouve le besoin de les partager, du moins de les évoquer lorsqu’on en sort. En premier lieu, la souffrance, sourde, inexorable. Et la peur de la mort.

Lorsque la lumière jaillit sur la scène, il est là, affalé dans une sorte de profond fauteuil de toile, sans connaissance. Le siège de sa voiture ou son lit d’hôpital ? Une lampe qui tourne comme un leitmotiv obsédant au dessus de sa tête, semble lui enjoindre de sortir de sa torpeur, de remettre ses idées en place. Après s’être extirpé des décombres, il se retrouve allongé quasi nu, à demi conscient, la lumière d’un écran de radiologie lui balayant le corps. En arrière de lui, un mur de radios. Du thorax, des mains, des pieds… Devant lui, un amas de viande. Ses chairs ? Il s’en tapisse le corps, comme pour colmater ses plaies. Un écorché vivant. Il tente de se relever, lentement, précautionneusement mais ses « pansements » retombent. Le bruit d’un métronome de plus en plus rapide lui indique qu’il n’y a plus de temps à perdre. Une série d’électrochocs va lui imprimer des mouvements stroboscopés, décomposés, cassés, en même temps que le bruit de son cœur s’amplifie et qu’il bat de plus en plus régulièrement. Il est sauvé !

Le vécu de ceux qui ont connu de tels instants est très différent selon les personnalités, les traitements subis, l’état suivant lequel ils s’en sont sortis. Pour d’aucuns, les plus traumatisés, c’est une rupture entre le passé et le futur. Il leur faut refaire leur vie. Pour d’autres, ceux qui s’en sortent sans trop de séquelles, et c’est le cas de Stefano Taiuti, la préoccupation majeure semble être la lutte contre la douleur et l’aptitude à retrouver la maîtrise et l’entièreté de son corps. Mais dans les deux cas, l’épreuve amène à une réflexion profonde non seulement sur l’existence mais aussi sur sa chair, ce bijou dont notre corps est paré et qui, finalement, se révèle caduque, souvent bien avant la mort.

 

J.M. Gourreau

 

Il corpo fisico / Stefano Taiuti, Théâtre de Vanves, scène conventionnée. Dans le cadre de « Jamai(s) vu », ArDanThé, Février 2010.

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