Stéphanie Lake / Colossus / Effets de masse

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Stéphanie lake :

Effets de masse

 

C’est à un véritable défi que la chorégraphe australienne Stéphanie Lake a dû s’attaquer pour présenter au Théâtre National de la Danse Chaillot Colossus, pièce créée à Melbourne en novembre 2018 et proposée pour la première fois en France. En effet, la situation sanitaire due à la pandémie de COVID19 l’empêcha de quitter l’Australie avec ses danseurs. La chorégraphe a donc dû faire preuve d’une bonne dose d’imagination et d’inventivité pour monter ce ballet, ce grâce aux techniques audio-visuelles les plus récentes par le truchement de tutoriels vidéo en ligne : accompagnés de notes détaillées, ceux-ci ont été la source du travail des quelques cinquante élèves du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris (CNSMDP) choisis pour la mise en œuvre de cette création française. C’est un logiciel vidéo spécifique qui permit par conséquent tant aux artistes d’apprendre et d’assimiler aisément la chorégraphie à distance, qu’à la chorégraphe d’assurer la liaison parisienne avec son équipe de Melbourne : les danseurs travaillaient sous son égide à quelque 17000 km de là dans une salle de répétition du Conservatoire de danse de Paris… De la même manière, divers éléments techniques, son et lumière en particulier, ont également pu être transférés et reconstitués sur place grâce au tutoriel spécifique "Zoom" adopté pour la circonstance. Une indubitable prouesse transcontinentale, inutile de le souligner !  

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 Photos M. Gambino & B. Jackson

Cela dit, l’intérêt de Colossus, tient essentiellement au fait que l’œuvre s’appuie sur une cinquantaine de danseurs harmonieusement synchronisés. C’est effectivement avant tout le déplacement et les mouvements géométriques de cette masse ondulante "colossale" de danseurs évoluant à l’unisson et ce courant qui se transmet comme par magie d’un corps à l’autre qui fascinent, car la pièce ne repose en fait sur aucune histoire ni aucun argument. En revanche, cette succession d’effets visuels créés par les mouvements de masse des interprètes plonge le spectateur dans un univers onirique en perpétuelle mutation : toute une pléiade d’images animées du plus bel effet défilent alors devant les yeux du spectateur subjugué, laissant libre cours à son imagination, qu’il s’agisse du flux et du reflux des vagues déferlant sur une plage, d’un banc de poissons se disloquant à l’approche d’un prédateur pour se reconstituer une fois l’ennemi disparu, d’un torrent de lave en fusion qui s’écoule du rebord d’un volcan, du roulis et du tangage d’un navire secoué par une tempête, d’une roselière ployant sous l’effet de la brise avant de revenir à sa place originelle lorsque le souffle s’arrête… voire même de deux corps d’armée face à face, tout prêts à s’engager dans une lutte meurtrière au commandement de leur capitaine… Toutefois, comme l’explique la chorégraphe, bien que Colossus repose sur l’unité, la fluidité et le tempérament du groupe dans son ensemble, elle fait également appel aux spécificités de chacun des danseurs, qualités qu’elle a pu décrypter lors des séances de travail, toutes réalisées en distanciel…

J.M. Gourreau

Colossus / Stéphanie Lake, avec le concours des élèves du CNSMDP, Théâtre National de la Danse Chaillot, 2 au 5 juin 2021.

 

Stéphanie Lake / Colossus / Théâtre de Chaillot / Juin 2021

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