Stéphanie Nataf Zou Bezons Octobre 09

Stéphanie Nataf :

 

Quand riment géométrie et poésie

 

 

La danse hip-hop conquiert petit à petit ses lettres de noblesse. De démonstration de virtuosité à ses débuts, elle devient de nos jours prétexte à raconter une histoire, à délivrer un message. Avec Zou, Stéphanie Nataf, nous en offre à nouveau une preuve des plus éclatantes. Cette pièce allie en effet fort harmonieusement danse, arts graphiques et musique pour offrir au spectateur un magnifique voyage dans un monde certes un tantinet futuriste mais qui invite à la réflexion sur la destinée de l’Homme, notre destinée.

Comme nombre de hip-hoppeurs de la première génération, ceux des années 80, c’est dans la rue que Stéphanie Nataf fut confrontée à cet art. Très vite, on la retrouve interprète dans diverses compagnies déjà célèbres à l’époque, Macadam et les Black Blanc Beur en particulier. Sa soif de savoir la conduit parallèlement à s’intéresser de près à d’autres formes de son art, notamment la danse africaine, la danse indienne et la danse contemporaine. Les années qui vont suivre lui imprimeront ce style et cet état d’esprit bien particuliers qui sont les siens aujourd’hui. Peu à peu son chemin se dessine : son dynamisme la pousse à voler de ses propres ailes, et sa propre compagnie, LosAnges, voit le jour en 2004. Sa particularité, sa singularité dirais-je même, est de jeter un pont entre diverses cultures et différentes techniques, tant au plan chorégraphique qu’esthétique ou musical. Si Stéphanie Nataf y construit un univers bien à elle, elle sait aussi s’attacher à des artistes d’autres disciplines pour l’aider à concrétiser et mener à bien ses projets. C’est ainsi que Zou doit une bonne part de sa réussite au travail du graphiste vidéaste Grégory Coston qui sut s’emparer des idées de la chorégraphe, les adapter, les faire siennes pour les traduire en lignes et  formes géométriques des plus harmonieuses. Avec les splendides lumières d’Antoine Auger, elles soutiennent, voire même complètent la chorégraphie, créant parfois un univers futuriste proche de la BD ou de la science fiction. Grâce aussi à ses danseurs d’une technique à vous couper le souffle, capables de se désintégrer et de se reconstituer en un éclair…

L’œuvre débute par la destruction inéluctable de notre monde du fait des comportements égoïstes de ses habitants. Mais un fil conducteur d’une blancheur éclatante, un fil d’Ariane en quelque sorte, va les remettre sur le droit chemin et leur éviter la rupture, l’enfer. Il sera leur guide tout au long du voyage qu’ils vont entreprendre, voyage qui les mènera dans des sphères bien particulières, un champ d’éoliennes entre autres, allusion sans doute aux nouvelles énergies non polluantes qui pourraient devenir celles du futur, bien qu’aussi source de nouvelles nuisances… Mais leurs lignes ô combien harmonieuses et pures, il est vrai, ne pouvaient laisser ces artistes indifférents !

La poésie quant à elle ne sera pas absente de ce monde, l’œuvre se terminant par la chute lente et majestueuse de coquelicots rouges des cieux, leur éclatante couleur symbolisant cette fois non le feu de l’enfer mais celui de l’amour entre les hommes.

 

J.M. Gourreau

 

 Zou / Stéphanie Nataf, Théâtre Paul Eluard, Bezons, Octobre 2009

                                                                                                         Photos J.M. Gourreau

 

 

 

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