Suresnes Cités Danse : de gentils "petits canards"

 

Sylvain Groud,

par David Morganti

Suresnes cités danse :

 

De "gentils" petits canards...

 

Le festival de Suresnes, on le sait, a fait de la danse hip-hop son cheval de bataille. Si sa 18ème édition s’est ouverte sur une carte blanche au tout nouveau directeur du Centre Chorégraphique National de La Rochelle, Kader Attou, il se clôturera à la fin du mois sur une soirée concoctée par celui de Créteil, Mourad Merzouki. Et si Olivier Meyer reste fidèle à ceux qui l’ont aidé à faire la réputation de ce festival, les Blanca Li, Sébastien Lefrançois, Raphaëlle Delaunay, Pierre Rigal ou Chantal Loïal, il en a également invité d’autres à s’initier à ce style. Ainsi aura t’on eu la surprise de voir, inscrits sur le programme, deux noms de la danse contemporaine, Hiroaki Umeda et Sylvain Groud, auxquels il a demandé de monter une pièce pour des danseurs de hip hop étrangers à leur compagnie. Le résultat montre que ces « gentils petits canards » ont été à la hauteur de ses espérances et que sa témérité a été largement récompensée.

 

Minimaliste

Le japonais Hiroaki Umeda est encore peu connu en France. Son premier spectacle dans notre pays date de 2002 aux Rencontres Internationales de Seine-St Denis. Deux ans plus tard, on le retrouve à la Biennale Nationale de Danse où il acquiert une réelle reconnaissance. En janvier 2007, il est programmé au Théâtre National de Chaillot avec Accumulated layout, une pièce étonnante dont la gestuelle, minimaliste, était guidée par la lumière. Sa création pour Suresnes, 2.repulsion, est une œuvre abstraite tout aussi minimaliste qui expérimente et tente d’analyser l’effet des forces de répulsion entre trois personnages. Utilisant la technique du hip-hop, les mouvements qui naissent de sa chorégraphie, au diapason des impulsions sonores et / ou lumineuses, distorsions d’une partie du corps dans une direction donnée, déhanchements, rotations plus ou moins rapides du bassin, soubresauts… donnent au spectateur une curieuse impression d’électrocution, comme si les trois danseurs s’étaient trouvés sur une plaque électrifiée, comme s’ils recevaient, de bourreaux invisibles, des impulsions répétées en différents endroits du corps. Bien que robotisés, ces mouvements n’en étaient pas moins fort intéressants car ils différaient suivant les individus, l’intensité et le rythme des « chocs ». Ce qui engendrait parfois une gestuelle de pantin malmené, désarticulé et, même, bouleversante car l’on ne pouvait s’empêcher de penser à la marionnette de Petrouchka.

 

Portraits de femmes

Sylvain Groud quant à lui s’est posé une question existentielle, celle de comprendre les motivations qui poussent les danseuses de hip-hop à exercer leur art, toute une vie durant. Elles sont cinq. Cinq femmes toutes différentes, cinq danseuses de hip-hop. Copines et engagées. Elles témoignent simplement, naturellement. Qui suis-je ? dit la première. Même si cela peut paraître instable, voire incongru dans notre monde d’aujourd’hui, je suis une danseuse, rien qu’une danseuse. De rap, de hip-hop. Et fière de l’être. Et elle le montre. Ostensiblement. Son solo, rapide et sautillant, a quelque chose de touchant car il vient du cœur. C’est génial d’avoir une passion, non ? Les quatre autres révéleront chacune leur personnalité de la même manière, naturelle, avec beaucoup de conviction. L’une son dégoût de la musique pour en avoir trop fait dans son enfance et qui a découvert l’art de Terpsichore sur le tard, l’autre pour s’évader de la vie de tous les jours. Elles y ont toutes pris goût. Pas seulement pour la défonce mais par besoin, parce que c’est vital pour elles. Le travail du chorégraphe a d’abord consisté à les mettre en état d’improvisation, pour les débarrasser de leurs préjugés tout en leur laissant le choix de leur univers musical et de leurs lumières, avant d’élaborer une chorégraphie signifiante, très musicale, tout particulièrement sur l’extrait des Métamorphoses nocturnes de Ligeti. Il en résulte une œuvre généreuse, sensible, souvent poignante de par sa spontanéité et son charisme. Un magnifique témoignage de la vie.

 

J.M. Gourreau

 

2.repulsion / H.Umeda et Elles / S. Groud, Théâtre Jean Vilar de Suresnes, Janvier 2010.

 

 

 

 

 

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