Sylvère Lamotte / L'écho d'un infini / Bis repetita placent

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Photos J.M. Gourreau

 Sylvère Lamotte :

Bis repetita placent*

 

On l’attendait au tournant : c’est à nouveau un chef d’œuvre qu’il nous a servi ! Pour sa troisième création, Sylvère Lamotte a déployé ses armes : L’écho d’un infini est un travail sublime, plein de ferveur, tout en lenteur et en retenue, dans lequel il laisse éclater son charisme, son amour pour l’autre, les autres. Il faut dire qu’il a engagé tous ses atouts, invitant à remonter sur scène deux monstres sacrés, Brigitte Asselineau et Paco Dècina - ce dernier ne s’y étant plus produit depuis plusieurs années - et pour lesquels il a concocté, ciselé devrais-je dire, un véritable bijou sur mesure. Et ce n’est pas là la moindre de ses qualités car, ce que ce chorégraphe met en exergue dans toutes ses œuvres, c’est ce besoin de mettre en avant ce rapport relationnel des uns aux autres, "la nécessité de l’autre et de l’être ensemble". Et ce, avec une sérénité fascinante et une économie de moyens affirmée et assumée, qui met en valeur la pureté et la profondeur de la gestuelle dans un décor épuré au maximum.

En fait, cette pièce comporte deux niveaux de lecture, le premier étant l’exploration de certaines des relations qui peuvent exister non plus dans un groupuscule de cinq hommes comme c’était le cas dans Les Sauvages mais au sein d’un couple, quel que soit son sexe, ou, plutôt, de trois couples bien différents, afin de "rendre compte de l’espace vibratoire qui s’y crée". Relations ayant également trait à des sentiments intimes, profonds, pas nécessairement perceptibles par tous, entre autres au travers des relations entre parents et enfants.  

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Le second niveau de lecture - et ce n’est pas, de loin, le plus inintéressant mais on le retrouvait déjà dans ses pièces précédentes - c’est l’établissement d’un parallèle, voire de la confrontation entre, d’une part, l’état d’esprit d’une certaine jeunesse d’aujourd’hui, empreinte d’exubérance et d’enthousiasme et, d’autre part, l’état psychologique de personnages plus mûrs, porteurs et garants d’une certaine sagesse, mémoire des corps. C’est cet écho fantomatique d’un infini qui leur a été conféré par leur expérience de la vie, voire de celle de leurs ancêtres, qu’ils cherchent à transmettre et à partager.

Voilà à nouveau une œuvre chargée d’un message bien loin d’être anodin, laquelle se veut établir et expliciter le mode de transmission des liens les plus intimes qui régissent les lois de notre société, et ce, par le truchement de la danse-contact, concept cher au chorégraphe depuis ses tout-débuts.

J.M. Gourreau

L’écho d’un infini / Sylvère Lamotte, Compagnie Lamento, Ateliers de Paris - Carolyn Carlson, Vincennes, 15 et 16 février 2019, dans le cadre du Festival "Faits d’hiver".

*voir les critiques du 05/02/19, du 30/10/18 et du 20/12/17.

 
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